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Full text of "L'art de la teinture du coton en rouge"

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STERLING 
AND FRANCINE 

CLARK, 
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Jeremy Norman & Co. 

Rare Books Manuscripts Prints Maps 




(41 ç) 781-6402 Cable 



SIGNIFICANT ADVANΠIN THE DYEING 
OF COTTON 



CHAPTAL, J[ean] A[ntoine Claude] (1756-1832). L'art de la teinture 
du coton en rouge. Avec planches en taille douce. 8vo. xi, 172pp. 
With 4 folding engravings by Debar after St. Romain. Hal£ antique 
calf, gilt. Fine copy. Paris: Crapelet, 1807. $275.00 

FIRST EDITION of the first work to deal with the peculiar 
constitution of cotton as a vegetable fibre - one of the significant 
landmarks in the history of dyeing. Cotton dyeing before Chaptal was 
comparatively rare because of cotton' s peculiar difficulties and the 
dyeing was confined to only a few colors. Chaptal 's experiments in his 
own factories in Rouen led to his publication of the above work. His 
new process produced a brighter ,more permanent red and he reported on 
the new techniques, the great number of color variations possible and 
their application to différent sorts of cotton fabric. In addition to 
the more common varieties of red, Chaptal discusses such exotic nuances 
as Indian red, rose, scarlet, and the mixing of garance and blue to 
make violet. The charming plates in his treatise show the equipment 
essential to a dyeing plant and the workers, both men and women, engaged 
in ail aspects of the work. 

Chaptal, in addition to being a prof essor of chemistry, was one of the 
greatest chemical manufacturers of the âge. His researches in the production 
of acids led to his discovery of a source of alum in Languedoc and for 
the first time a reasonable amount of alum was produced on French soil. This 
discovery is relevant to the work we are offering since alum is important 
as a mordant in dyeing. Chaptal déyeloped and promoted industrial applications 
for his numerous other discoveries and received a patent of nobility for his 
contribution to French économie welfare. Under Napoléon I, Chaptal was 
minister of the interior and was further able to implement his industrial 
and économie projects as well as humanitarian ones. 

For further information on Chaptal see Nouv.Biog_.Gen. and the article 

by M. P. Crosland in the Dictionary of scientific biography . 

Edelstein. The thirteen keys . Hints on studying the history of dyeing and 
bleaching, 11, of which a xerograpïïic copy is attached. 






275 



v. 






LART 

DE LA TEINTURE 

DU 

COTON EN ROUGE. 



Cet Ouvrage est mis sous la sauve-garde des 
loix : tout contrefacteur , distributeur ou débi- 
tant d'édition contrefaite , sera poursuivi devant 
les tribunaux. Deux exemplaires ont été déposés 
à la Bibliothèque impériale. 



OUVRAGES DE M. CHAPTAL, 
Qui se trouvent chez le même Libraire. 

Chimie appliquée aux Arls. Paris , 1807 , 4 gros vol. in-%°. 

avec 12 planches en taille- douce , 27 fr. 

Le même Ouvrage, papier fin, 3o fr. 

Elémens de Chimie , 4 e édition. Paris , i8o3 , 3 vol. in-&°. 

hr. iSfr. 

Essai sur fe ^Perfectionnement des Arts cîiimiquës en 

France. Paris , 1 800 , in-8°. br. 1 fr. 5o c. 

Sous presse > pour paroître dans peu. 

Art du Dégraisseur, 1 vol. m-8°. 

Art de faire le Vin , nouv. édition , entièrement refondue 
et augmentée de moitié f 1 gros vol. zrc-8 » 



LART 



DE LA TEINTURE 

DU 

COTON EN ROUGE, 

Par M. J. A. CHAPTAL, 

Membre et Trésorier du Sénat , Grand-Officier de la 
Légion d'Honneur, Membre de l'Institut de France, 
Professeur honoraire de l'Ecole de Médecine de 
Montpellier , etc. etc. etc. 

AVEC PLANCHES EN TAILLE DOUCE- 



DE L'IMPRIMERIE DE CRAPELET. 

A PARIS, 

Chez DETERV1LLE, Libraire, rue Hautefeuille, n° 8 ? 
au coin de celle des Poitevins. 

1807, 



C. L. BERTHOLLET, 

MEMBRE DU SÉNAT 
ET DE L'INSTITUT. 



HOMMAGE 

AUX VERTUS, 

A L' A M I T I É , 

AU TALENT. 



Son Ami et Collègue , 
J. A. CHAPTAL. 



TABLE 

DES CHAPITRES 

DE L'ART DE LA TEINTURE DU COTON 
EN ROUGE. 



.Discours préliminaire, Page i 

CHAP. I er . Du Choix d'un Local propre a 
former un etablissement de teinture 
en Coton, 9 

CHAP. II. Des Moyens de disposer le Lo- 
cal pour le rendre propre aux opéra- 
tions de la Teinture, 18 

Art. 1. Des Dispositions qu'on doit faire 
pour établir les Magasins , 20 

Art. 11. Des Dispositions qu'on doit donner 
à l'Atelier pour y établir les Salles des 
Mordans et des Apprêts, i\ 



Vli; TABLE 

Art. ni. Disposition de l'Atelier pour le 
Garançage et VAvivage 7 5o 

Art. iv. Des Dispositions qu'il faut donner 
au Lavoir 7 4 2 

Art. v. Des Dispositions à donner à l'Eten- 
dage, /l5 

CHAP. III. Du Choix des Matières em- 
ployées a la Teinture du Coton en 
rouge, 5i 

Art. i. Du Choix de la Garance pour la 
Teinture du Coton en rouge , 52 

Art. ii. Du Choix des Huiles pour la Tein- 
ture du Coton en rouge , 55 

Art. ni. Du Choix des Soudes pour la 
Teinture du Coton en rouge , 60 

Art. iv. Du Choix de l'Alun pour la Tein- 
ture du Coton en rouge , 68 

Art. v. Du Choix de la Noix de galle pour 
la Teinture du Coton en rouge ? 73 



DES CHAPITRES. IX 

Art. vi. Du Choix du Sang pour la Teinture 

du Coton en rouge , 74 

CHAP. IV. Des Réglemens qu'il convient 
d'établir dans un Atelier de Teinture 
en Coton, 76 

CHAP. V. Des Préparations du coton 

POUR LA TEINTURE EN ROUGE, 9O 

Art. i. Des Apprêts dans la Teinture du 
Coton en rouge , 92 

Art. 11. Des Mordans dans la Teinture du 
Coton en rouge , 98 

Art. m. Du Garancage dans la Teinture 
du Coton en rouge , .104 

Art. iv. De l'Avivage dans la Teinture du 
Coton en rouge , 106 

CHAP. VI. Des Modifications qu'on peut 

APPORTER AUX PROCÈDES DE LA TEINTURE 

x>u Coton en rouge > m 



X TABLE 

Art. i. Des Modifications qu'on peut ap- 
porter aux Apprêts , 1 1^ 

Art. ii. Des Modifications qu'on peut ap- 
porter aux Mordans ^ 1 1 8 

Art. m. Des Modifications qu'on peut ap- 
porter au Garançage , 12 ï 

Art. iv. Des Modifications qu'on peut ap- 
porter à l' Avivage , 124 

Art. v. ï)es Modifications qu'on peut ap- 
porter à la Composition cFEtain , 125 

CHAP. VII. De la Manière de produire 
quelques Nuances de Houoe connues 

Î)ANS LE COMMERCE , llf 

Art. a Du Rouge des Indes , 126 

Art. 11. De la couleur Ros« > 1 1 5o 

Art. m. De l'Ecarktè / i5z 

CHÀP. VHI. Du Bôttciî'di: iêmira wb- 

TENU PAR D'AtfTRES PROCEDES Î>LUS iko- 
"NOMIQUES , ï34 



DES CHAPITRES. XI 

chap.ix. du mélange du rouge de ga- 
hance avec le bleu pour former le 
Violet et toutes ses Nuances, 137 

CHAP. X. Théorie de l'Opération de la 
Teinture du Coton en Rouge , 147 



FIN DK LA TABLE, 



DISCOURS PRELIMINAIRE 



La complication des procédés de la 
teinture, et la nature mobile et fugace 
des principes colorans, en ont rendu 
l'étude très-difficile : l'extrême embar- 
ras où se trouve le chimiste pour exé- 
cuter les opérations de cet art dans son 
laboratoire , et la difficulté de les suivre 
dans les ateliers, ne lui permettent pas 
de voir par lui-même tous les phéno- 
mènes qu'elles présentent ; et , dès- 
lors, peu familier avec elles , il se borne 
à raisonner sur des procédés qui lui 
sont transmis avec plus ou moins 
d'exactitude. 

Presque jusqu'à ces derniers temps, 
la théorie que les chimistes ont appli- 
quée aux opérations de la teinture , 
étoit plus propre à en retarder la mar- 
che qu'à l'éclairer. Par une aberration 
bien étrange de Pesprit humain, au 

1 



2 DISCOURS 

moment même où l'analyse comraen- 
çoit à reconnoître les affinités comme 
le principe et la cause déterminante 
de toute action chimique ,. Hellot et 
Macquer rapportaient à la mécanique 
tous les résultats de la teinture : c'étaient 
par-tout des pointes , des trous , des 
aiguilles, des chatons, etc. 

Cependant, on ne peut pas discon- 
venir que les écrits d'Hellot , sur la 
teinture des laines , et ceux de Mac- 
quer, sur celle des soies, n'aient rendu 
de grands services : ils ont fixé les pro- 
cédés de l'art; ils ont donné aux opé- 
rations une marche plus régulière, et 
ils ont confié à la réflexion et à un nou- 
vel examen, des procédés qui, jusqu'à 
eux , étoient restés secrets ou décrits 
avec peu d'exactitude. 

Mais c'est sur-tout Bergmann, et après 
lui M. Berthollet qui ont ramené à des 
loix constantes tous les phénomènes de 
la teinture : ils ont fait rentrer cette 
partie précieuse de nos arts dans le 



PRELIMINAIR E. 5 

domaine des affinités chimiques; et an 
peut dire avec vérité, qu'ils ont été 
les premiers à poser les bases de la 
science tinctoriale. 

La teinture du fil et du coton a été 
encore plus négligée que celle des laines 
et des soies : la raison de cette diffé- 
rence est facile à trouver : cette tein- 
ture n'est connue parmi nous que depuis 
un demi-siècle ; les procédés en sont 
longs et pénibles , et on en a fait un 
secret jusqu'à ces derniers temps. En 
outre, le fil et le coton résistant, par 
la nature de leur tissu, à Faction des 
lessives alkalines , on a voulu que ces 
couleurs fussent à l'épreuve de ces 
mêmes lessives ; de sorte que les mor- 
dans et les principes colorans ont dû 
nécessairement être réduits à un très- 
petit nombre : jusqu'ici , la seule ga- 
rance et quelques oxides métalliques 
ont pu réunir tous ces avantages. 

Cette belle couleur, qu'on donne au 
coton par le moyen de la garance, étoit 



4 DISCOURS 

préparée dans le Levant , long-temps 
avant qu'elle fût introduite en France, 
où ce procédé n'a été connu que vers 
le milieu du dernier siècle. Les pre- 
miers établissemens de ce rouge ( ap- 
pelé rouge d' Andrinoplè) qu'on a for- 
més parmi nous, ont été créés et di- 
rigés par des teinturiers qu'on avoit 
fait venir de Smirne. 

Les fabriques des tissus de coton, 
établies à Montpellier et à Rouen, ont 
été long-temps alimentées par les co- 
tons teints dans les Echelles du Levant; 
mais enfin elles s'affranchirent de cette 
dépendance , en appelant des teintu- 
riers grecs, auxquels on confia d'abord 
la direction exclusive des établisse- 
mens de teinture qu'ils formèrent chez 
nous. Peu à peu , les procédés qu'on 
s'efforçoit de tenir secrets, furent ache- 
tés ou découverts ; et l'art de la tein- 
ture en rouge sur coton ne tarda pas 
à être généralement pratiqué par des 
Français. 



PRÉLIMINAIRE. 5 

L'opération de la teinture du coton 
en rouge de garance, est, sans contre- 
dit, la plus compliquée et la plus dif- 
ficile que les arts nous présentent : il 
faut vingt à trente jours d'un travail 
non interrompu pour la terminer. Pen- 
dant ce long espace de temps, le même 
coton doit passer , au moins une fois 
par jour , par les mains de l'ouvrier ; 
il doit recevoir successivement l'action 
de huit à neuf substances différentes, 
toutes nécessaires pour obtenir une 
couleur solide et bien nourrie. 

On peut voir, d'après cela, quelle 
attention et quelle habileté il faut 
supposer dans un ouvrier , qui , con- 
duisant à-la-fois une masse de coton 
très - considérable , et la travaillant 
sans interruption pendant un mois , 
doit donner à toutes les parties les 
mêmes soins ; car, sans ces précautions 
et cette attention de chaque instant, on 
n'obtiendroit qu'une couleur peu so- 
lide, et sur-tout mal unie. 



6 DISCOURS 

J'ai formé moi-même, et j'ai di- 
rigé pendant trois ans, un des plus 
beaux établissemens de teinture en 
coton qu'il y ait en France : un double 
intérêt , celui de la propriété et celui 
de la science, m'a constamment animé 
pendant tout le temps que j'ai conduit 
ma teinture ; et je puis avouer qu'il est 
peu de procédés que je n'aie pratiqués, 
peu de moyens d'amélioration ou de 
perfectionnement que je n'aie tentés, 
peu d'expériences que je n'aie répé- 
tées. Dans mes recherches , il ne s'est 
jamais présenté un résultat utile que 
je n'aie de suite transporté dans mes 
ateliers, pour y recevoir la terrible 
épreuve du travail en grand. 

Je n'offre donc au public , ni des 
conceptions hasardées , ni les résultats 
de quelques essais , ni les procédés , 
trop souvent trompeurs, qui s'échap- 
pent des ateliers. Je dis ce que j'ai vu; 
je publie ce que j'ai fait; je décris ce 
que j'ai exécuté moi-même; je ne copie 



r R É L I M i N A I R E. 7 

que le résultat de mes expériences; et 
je me borne à présenter, pour ainsi 
dire, la carte de ma fabrique et le 
journal de mes opérations. Voilà mes 
titres à la confiance du public. 

Celui qui fait mieux, lira, peut-être, 
mon ouvrage sans fruit ; mais celui qui 
sait moins , n'y trouvera que des vé- 
rites utiles : j'imite le voyageur qui, 
après ayoir parcouru péniblement un 
pays peu connu , nous associe à ses 
travaux par la connoissance qu'il nous 
donne de tout ce qu'il a vu : et comme, 
en comparant les relations des voya- 
geurs , nous parvenons à acquérir des 
notions exactes sur les pays qu'ils décri- 
vent, nous pourrons obtenir de sem- 
blables résultats dans les arts, si ceux 
qui les pratiquent nous communiquent, 
non ce qu'on leur a dit, mais ce qu'ils 
ont vu, non ce qu'ils ont imaginé, 
mais ce qu'ils ont pratiqué. 

Quelques lecteurs trouveront, peut- 
être , pénible de parcourir tous les 



8 DISCOURS PRÉLIMINAIRE. 

détails que je donne, sur les manipula- 
lions , les constructions, le choix des 
matières , la conduite des ouvriers , le 
régime intérieur de l'atelier, &c. Mais 
l'artiste qui veut opérer, l'artiste qui 
sait qu'on ne dirige bien qu'autant 
qu'on peut exécuter soi-même, ne 
trouvera certainement pas encore , 
dans cet écrit , tout ce qu'il désire. Il 
n'y a personne qui n'ait éprouvé que 
les procédés , qu'on a jugés très-clairs 
et même minutieux à la lecture, ne 
sont jamais suffisamment détaillés ou 
développés , lorsqu'on en vient à l'ap- 
plication. 



LART 

DE LA TEINTURE 

DU 

COTON EN ROUGE. 

CHAPITRE PREMIER. 

Du choix d'un Local propre à former un 
établissement de Teinture en coton. 

U ne fabrique quelconque ne peut pros- 
pérer qu' autant qu'elle est établie dans 
un local bien choisi. 

C'est faute d'avoir constaté et calculé 
d'avance les avantages et les inconvéniens 
de telle ou telle position , qu'on voit tom- 
ber , chaque jour > des établissemens qui 
entraînent la ruine des entrepreneurs» 



1 L> A R T 

On peut lutter, à la vérité, pendant 
quelque temps, à force d'économie, d'in- 
telligence et de bonne administration , 
contre les vices de la localité ; mais , 
comme les effets d'un mauvais emplace- 
ment se répètent, chaque jour, et à cha- 
que instant , ils minent, peu à peu, l'éta- 
blissement par sa base, et entraînent in- 
failliblement sa chute. 

Je pourrois en appeler ici à ces mal- 
heureux entrepreneurs qui x chaque jour, 
ensevelissent leur fortune dans divers éta- 
blissemens : ils vous diroient tous que , 
séduits par la disposition d'une belle mai- 
son , ou par le bas prix de la main-d'œu- 
vre , ou par la beauté d'un cours d'eau , 
ou par l'abondance du combustible , ils 
se sont laissé entraîner à former des fa- 
briques , et qu'ils ne se son t apperçus que 
l'emplacement ne présentoit qu'une des 
conditions nécessaires au succès, que lors- 
que leur ruine a été consommée. 

Le premier soin qui doit occuper un 
entrepreneur qui a le projet de former 



DE LA TEINTURE, H 

un établissement de teinture en coton , 
c'est de s'assurer de la facilité des appro- 
visionnemens , et de l'avantage que pré- 
sente la localité pour la consommation 
et le transport des produits. 

Les objets d'approvisionnement pour 
une teinture , sont le coton , la garance , 
la soude , l'huile , la noix de galle 5 le sang 
et le savon. 

Ces objets d'approvisionnement se trou- 
vent par-tout : mais ils ne sont pas par- 
tout au même prix; et, conséquemment , 
les ateliers de teinture ne peuvent pas 
être placés, indistinctement, et comme 
au hasard, sur tous les points du globe. 

Pendant plusieurs années, les fabricans 
en tissus de coton , de la ville de Mont- 
pellier, ont alimenté leurs fabriques en 
achetant à Marseille du coton en laine , 
qu'ils faisoient filer dans les montagnes 
du Gévaudan, et qu'ils envoyoient en- 
suite à Smirne pour y être teint en rouge. 
Ce long trajet , qu'on faisoit parcourir au 
coton , entrainoit , non - seulement des 



12 L'ART 

frais de transport considérables , mais il 
nécessitoit encore une énorme avance de 
capitaux de la part du fabricant : car , 
depuis le moment de Tachât du coton 
jusqu'à celui de son emploi dans la fa- 
brique , il s'écouloit plus d'une année. 
Aujourd'hui , tout est rapproché : le co- 
ton est filé et teint en rouge dans le 
même lieu, où il est ensuite converti err 
tissu ; la filature, la teinture, le tissage, 
sont constamment sous l'œil de l'entre- 
preneur; et ces diverses branches d'une 
même industrie , ainsi rapprochées et 
concentrées , s'aident , se prêtent des se- 
cours mutuels , et assurent leurs succès 
l'une par l'autre. 

La garance est celui de tous les élémens 
de la teinture qui est employé à plus haute 
dose; et c'est encore celui qui présente le 
plus d'embarras dans le transport. 

La garance dont on se sert , le plus géné- 
ralement , est celle qu'on récolte dans le 
Comtat Vénaissin , aujourd'hui départe- 
ment de Vaucluse. Il n'est donc pas dou- 



DE LA TEINTURE. 10 

teux que les établissemens de teinture , 
qui sont formés dans le Midi de la France, 
ne jouissent d'un avantage considérable 
sur ceux du Nord : en temps de guerre , 
lorsque les transports par mer sont inter- 
rompus , cet avantage est quelquefois de 
20 et 3o francs par 100 livres ( 5o kilo- 
grammes) de garance , ce qui double le prix 
de cette substance. 

La soude , l'huile , la noix de galle et 
le savon qui se tirent également du Midi , 
offrent, à la vérité, des différences moins 
sensibles, parce qu'on les emploie dans 
une proportion moins forte que la ga- 
rance : cependant le poids de 'ces objets 
réunis équivaut à environ deux fois le 
poids du coton employé ; de manière que 
leur transport , du Midi au Nord , nous 
présente un désavantage égal à celui de la 
garance. 

Il suit , de ce que nous venons d'éta- 
blir, que, pour teindre une livre (demi- 
kilogramme) de coton dans le Nord de la 
France, il faut y transporter, au moins 



1 4 L' A il T 

un poids triple , en matières tinctoriales 
du Midi. Il y auroit donc de Favaiitage à 
teindre dans le Midi, et à porter les cotons 
teints, dans le Nord, pour y être employés 
aux fabriques : on économiseroit environ 
5 sur 4 , eu égard à la différence entre le 
poids du coton et celui des matières qu'on 
emploie à sa teinture. Cette différence , 
quoique très-réelle , a été peu sentie jus- 
qu'aujourd'hui, parce que le désavantage 
de remplacement dans les teintures du 
Nord , y a été racheté par Féconomie et 
la supériorité de la filature, qui s'y faisoit 
avec des mécaniques perfectionnées, tan- 
dis que, dans le Midi , elles y étoient in- 
connues. Du moment que ces mécaniques 
seront adoptées par-tout, l'avantage de la 
localité ressortira avec toute sa force. 

Dans une teinture en coton , où les la- 
vages à grande eau se répètent , au moins , 
six à sept fois , sur chaque partie , on a 
besoin d'une eau qui se renouvelle , pour 
bien nettoyer les cotons, pour en extraire 
toutes les matières étrangères, et ne laisser 



DE LA TEINTURE. l'JJ 

sur le fil que le mordant qui y adhère , ainsi 
que le principe colorant qu'on y dépose. 
Il faut donc une eau vive , courante et 
assez abondante pour qu'elle soit toujours 
propre. 

Indépendamment de la quantité , l'eau 
doit encore réunir quelques qualités qui 
la rendent propre à la teinture : elle doit 
être pure et exempte de sels terreux; car, 
outre qu'elle ne dissoudroit pas le savon, 
la noix de galle et la soude qu'on emploie 
dans la teinture en précipiteroient la par- 
tie terreuse sur le coton , et la couleur 
rouge en deviendrait terne et vineuse , 
sur-tout si le principe terreux étoit de la 
chaux , comme cela est ordinairement. 

Une eau qui devient trouble et laiteuse 
par suite d'inondations, présente moins 
d'incon véniens que celle qui est chargée de 
sels terreux. Il paroît que la terre suspendue 
dans l'eau n'est pas aussi suscepti ble de com- 
binaison avec la noix de galle que celle qui 
est dissoute dans un acide : cependant il 
est prudent de suspendre tout lavage , lors- 



l6 L'ART 

que l'eau charie , parce que les couleurs 
en seroient altérées, sur-tout dans les der- 
nières opérations. 

Il est encore à désirer qu'on ait à sa 
disposition une eau qui ne contracte pas 
un trop grand froid : les eaux qui sont 
exposées au midi, celles qui coulent sur 
un sol marneux , sont , en général , plus 
chaudes que celles qui sont exposées au 
nord ou qui coulent sur la pierre ou les 
cailloux : les ouvriers , obligés , chaque 
jour, de plonger dans l'eau les pieds et les 
mains , pour y laver les cotons , se refu- 
sent à ces opérations ou les exécutent mal, 
et contractent même souvent des maladies, 
lorsque les eaux sont glaciales. 

L'eau qui ne se gèle point est encore pré- 
férable à celle qui se gèle : car les suspen- 
sions de travail dans les fabriques sont tou- 
jours ruineuses. 

Lorsqu'on peut se procurer une chute 
d'eau, d'environ 7 pieds (2 mètres y) de hau- 
teur , on peut donner une bien grande faci- 
lité à tous les travaux de l'atelier : le service 



DE LA TEINTURE. 17 

des chaudières et des avivages , lorsqu'on 
le fait à bras , et le broiement de la ga- 
rance , qu'on exécute par la force des 
chevaux , n'offrent ni l'économie , ni la 
perfection d'un service obtenu par un 
cours d'eau non interrompu et toujours 
égal. 

Comme, en général, chacune des opéra- 
tions , qu'on fait subir au coton , se termine 
par le lavage, et qu'on ne peut pas passer de 
l'une à l'autre sans avoir séché le coton , il 
s'ensuit que l'emplacement qu'on destine 
à former un atelier de teinture doit offrir 
une exposition favorable à la dessiccation. 
Cet emplacement doit recevoir le soleil 
de midi , et néanmoins être assez abrité 
pour que le vent ne tourmente pas les co- 
tons à l'étendage : car, outre l'inconvénient 
de dessécher trop vite et inégalement , 
les fils se mêlent , les mateaux s'amoncè- 
lent ou sont jetés sur les piquets, sur la 
surface desquels ils s'accrochent et se dé- 
chirent. 

Indépendamment de ces premières dis- 



1 8 L'ART 

positions du local , il faut encore que le 
sol de Fétendage soit sec : pour peu qu'il 
soit humide, la dessiccation y est lente, 
et presqu'impossible pendant les premiers 
jours qui succèdent â une pluie. 

Il faut encore que le local, dans lequel 
on veut établir une teinture , présente un 
développement suffisant; qu'il soit clos 
de murs ou entouré de fossés; que les 
avenues en soient faciles, et qu'on puisse 
s'y procurer aisément le nombre d'ou- 
vriers dont on a besoin, 

CHAPITRE IL 

Des Moyens de disposer le Local pour 
le rendre propre aux opérations de la 
Teinture. 

L'économie du temps et de la main- 
d'œuvre est une des premières causes de 
la prospérité d'une fabrique; et c'est, sur- 
tout., par la disposition bien entendue 
du local et par une bonne distribution 
dans l'atelier , qu'on l'obtient. 



DE LA TEINTURE. *9 

L'arrangement des diverses parties d'un 
atelier doit être tel que toutes les opéra- 
tions se servent et se correspondent ; que 
les transports y soient aisés; que l'ouvrier 
trouve , sous sa main , les objets dont il a 
besoin; que chaque opération s'exécute 
dans un lieu qui lui soit destiné. Ce n'est 
que par ce moyen , qu'on évitera la con- 
fusion dans les manœuvres , qu'on por- 
tera une surveillance aisée sur toutes les 
opérations, et qu'on maintiendra chaque 
ouvrier dans une activité convenable. 

Celui qui calcule ce que doivent pro- 
duire , à la fin de l'année , ces légères 
économies de temps et de main-d'œuvre , 
qui se répètent , à chaque instant, n'a pas 
de peine à se convaincre qu'il n 9 en faut 
pas davantage pour assurer la prospérité 
d'une fabrique. Ainsi , les dépenses qu'on 
fait pour rendre un établissement com- 
mode et d'un service aisé , peuvent être 
regardées comme des économies et comme 
des garans du succès. 



i 



20 L' A 11 T 

ARTICLE PREMIER. 

Des dispositions qu'on doit faire pour 
établir les Magasins. 

Lorsqu'on veut approprier un local , 
pour y former un atelier de teinture , il 
faut s'occuper, en premier lieu, de don- 
ner aux magasins une assez grande éten- 
due, pour qu'on puisse y placer commo- 
dément la garance , la noix de galle , le 
sumacli , l'huile , le savon et la soude. 

La garance doit être déposée et conser- 
vée dans un magasin très - bien aéré , et 
qui soit à portée de l'usine où doit s'en 
faire le broiement. Comme la garance pré- 
sente un grand volume , et qu'on en con- 
somme une grande quantité dans une tein- 
ture en coton, il est convenable de con- 
sacrer un magasin pour elle seule. 

Le sumach. et la noix de galle , servant 
aux mêmes usages, et, élant d'une nature 
très-analogue , peuvent être réunis dans 
le même magasin. 



DE LA TEINTURE. 2,1 

La soude exige un local particulier. 

L'huile et le savon peuvent être ren- 
fermés dans le même lieu. 

La garance, le sumach, la noix de galle 
et la soude ne s'emploient qu'en poudre, 
ce qui suppose une mécanique quelconque 
pour écraser et broyer ces matières. 

On connoît deux moyens, dans les fa- 
briques , pour broyer ou pulvériser ces 
substances : la meule et le bocard. La 
meule a l'inconvénient d'exiger un plus 
fort degré de siccité dans la garance : le 
bocard occasionne une plus grande vola- 
tilisation , et conséquemment une plus 
grande perte. 

Ces deux mécanismes sont mis en jeu par 
l'eau ou par la force d'un cheval : le pre- 
mier moteur est plus économique et plus 
égal ; le second a l'avantage de pouvoir 
être établi par-tout, et, par conséquent, 
de pouvoir être placé dans le lieu le plus 
convenable de l'atelier. 

Les pilons du bocard sont armés de 
couteaux de fer qui, en tombant dans 



22 L'A R T 

l'auge , y coupent la garance et rendent 
sa division extrêmement prompte. 

Comme la garance est assez générale- 
ment recouverte d'une croûte terreuse 
dont il faut la débarrasser , et que sa pre- 
mière enveloppe ne fournit qu'une mau- 
vaise couleur , on est dans l'usage de sécher 
la garance au soleil ou dans des étuves , 
pour en détacher plus facilement le prin- 
cipe terreux et cette pellicule : cette pre- 
mière opération s'exécute en frappant sur 
la garance avec un bâton très - souple et 
en l'agitant avec une fourche. 

Ce mélange d'un peu de terre , de l'épi- 
derme et de quelques brindilles ou radi- 
cules, n'a besoin que d'être criblé pour que 
la terre s'en sépare, et il en résulte une 
garance de mauvaise qualité, qu'on appelle, 
dans le commerce, garance de billon , et 
qu'on n'emploie dans la teinture que pour 
des couleurs obscures ou bleuâtres. 

La garance , dépouillée de tout le prin- 
cipe terreux et de son épiderme , par ce pro- 
cédé , portée ensuite sous la meule ou sous 



DE LA TEINTURE. 20 

lebocard , donne un produit qui contient 
toute Fécorce et une partie du principe 
ligneux : c'est alors ce qu'on appelle ga A 
?unce mi-mbèe. 

On sépare celle-ci à Faide du crible ou 
du blutoir , et on reporte , sous la meule 
ou le bocard , la portion ligneuse qui est 
restée entière, pour obtenir une troisième 
qualité de garance , qu'on appelle garance 
robée. 

On trouve ces trois qualités de garance 
dans le commerce : ]a plus estimée de 
toutes est la troisième : mais , dans les 
teintures en coton , après avoir séparé 
avec soin la terre et Fépiderme , on broie 
tout le corps de la racine pour ne former 
qu'une qualité. 

On a proposé d'employer la garance 
fraîche , mais, outre que son emploi , dans 
cet état , ne seroit possible que dans les 
lieux où on la cultive , la garance fraîche 
n'a aucun avantage sur la sèche, sous le 
rapport de la couleur,puisque tout le prin- 
cipe colorant existe , sans altération, dans 



24 L'ART 

la garance sèclie. La racine fraîche au- 
roit un très-grand désavantage sur la ra- 
cine sèclie , en ce que l'énorme quantité 
qu'il faudroit employer de la première 
pour fournir la même dose de matière co- 
lorante > permettroit à peine de travailler 
le coton dans les chaudières. 

ARTICLE IL 

Des dispositions quon doit donner à 
râtelier pour y établir les Salles des 
mordans et des apprêts. 

Pour disposer convenablement cette 
partie de l'atelier , dans laquelle s'exécu- 
tent les principales opérations de la tein- 
ture, il faut savoir que les cotons sont 
imprégnés , pendant plusieurs jours de 
suite, d'une liqueur savonneuse; qu'après 
cela on les engalle et on les alune; qu'en- 
suite on les garance et qu'on termine 
l'opération par l'avivage. 

Chacune de ces opérations exige que le 
coton soit lavé et séché avant de passer 



DE LA TEINTURE. ^5 

à une autre; et il suit déjà, de cette série 
d'opérations, que les salles, dans lesquelles 
se donnent les apprêts et les mordans , 
doivent être rapprochées et con ligues , et 
qu'elles doivent être à portée du lavoir , 
afin de diminuer les transports et de sim- 
plifier la main-d'œuvre. 

Les dispositions intérieures qui m'ont 
paru les plus avantageuses sont les sui- 
vantes : 

La salle, dans laquelle on passe le coton 
aux huiles , doit présenter la forme d'un 
carré oblong : les portes doivent s'ouvrir 
dans l'étendage pour faciliter le transport 
des cotons; elles doivent être larges, pour 
que le passage soit facile , et que , dans les 
divers transports, le coton ne s y accroche 
pas. 

Les jarres , chaudières et terrines doi- 
vent être disposées contre les murs et en- 
châssées dans de la maçonnerie, qui sera 
élevée à 2 pieds 6 pouces (0,762 mètre) 
au - dessus du sol , avec une largeur pa- 
reille. 



26 L'ART 

On place deux terrines entre deux 
jarres , de manière que chaque jarre ait 
deux terrines à droite et deux à gauche. 

On doit observer que les terrines soient 
placées à un pied ( o,32 5 mètre) de dis- 
tance Tune de l'autre : les jarres peu- 
vent être un peu plus rapprochées des ter- 
rines. 

En supposant que chaque partie de co- 
ton pèse 200 livres (100 kilogrammes), 
la jarre doit avoir assez de capacité pour 
contenir s5o livres (ts5 kilogrammes) 
d'eau. 

La forme des terrines doit être conique : 
l'intérieur sera vernissé et le fond se ter- 
minera en œuf. Cette forme paroît être la 
plus avantageuse, pour fouler le coton et 
rendre la pression bien égale. Voyez fig* /_, 
pL /. 

L'orifice des jarres doit être très-évasé : 
sans cela , l'ouvrier qui agite souvent la 
liqueur qui y est contenue, et qui y puise, 
pour verser dans la terrine, seroit gêné 
dans sa manœuvre. Voyez fi g. 2; pi *- 



DE LA TEINTURE. 27 

A un pied ( o,52 5 mètre) au-dessus du 
massif de maçonnerie dans lequel sont 
engagées les jarres et les terrines , on fixe 
contre le mur „ et parallèlement au sol , 
un liteau de bois , large de 6 pouces (o, 1 6 2 
mètre) et épais de 2 (o,o5zt mètre ), on 
le fait régner sur tous les côtés où les jarres 
sont établies. 

A 8 pouces (0,217 mètre), au-dessus 
du premier liteau, toujours parallèlement 
au sol de l'atelier, on place un second 
liteau; et Ton assujétit, sur ces deux li- 
teaux, au-dessus de chaque terrine , des 
morceaux de bois portant des chevilles, 
de la longueur de 6 pouces (0,162 mètre), 
polies avec soin sur tout le contour, pour 
qu'elles n'accrochent pas le coton, et assez 
fortes pour résister à Feffort que fait l'ou- 
vrier lorsqu'il y tord son coton. On doit 
placer ces chevilles à une hauteur, qui 
soit telle que l'homme qui travaille puisse 
se courber sur la terrine , sans donner de 
la tête contre la cheville. Voyez fig. 3 et 
4 y pi 1. 



£8 L'ART 

On place clans la salle , deux ou trois 
tables, de deux pieds (o,65o mètre)' de 
haut, sur 3 (un mètre) de large. Ces tables 
servent à recevoir les cotons, à mesure 
qu'on les travaille. 

La figure 5 , pi i, donnera une idée 
de la disposition de l'intérieur d'une salle 
aux apprêts. 

Dans le Midi de la France , les lessives 
se préparent encore dans de grandes jarres, 
qu'on ensevelit dans la terre , et partie 
dans la maçonnerie , presque jusqu'au 
bord de leur orifice ; mais ce moyen de 
lessiver les soudes est très - imparfait , et 
je préfère celui qui est usité dans le 
Nord. 

Comme les opérations de Tengallage 
et de Falunage succèdent à celles dont 
nous venons de nous occuper, il convient 
de placer l'atelier , dans lequel s'exécutent 
ces opérations, à côté du dernier. 

Dans l'atelier de l'alunage et de l'en- 
gallage, il doit y avoir, au moins, deux 
chaudières, l'une pour l'engallage , l'autre 



DE LA TE IN TU RE. 29 

pour Falunage ; et , sur les côtés de ces 
chaudières, on dispose des terrines et des 
chevilles, comme on le fait dans l'atelier 
où le coton est passé aux lessives. 

Ces chaudières doivent être rondes, et 
établies de manière que le feu soit servi 
en dehors de l'atelier , pour que la fumée 
ou la flamme n'incommode point les ou- 
vriers : elles peuvent avoir les dimensions 
suivantes : 2 pieds 6 pouces (0,8 iâ mètre) 
de largeur, sur 2 pieds 8 pouces (0,867 
mètre ) de profondeur , en supposant 
qu'on opère sur 200 livres (100 kilo- 
grammes ) de coton ; mais , comme on 
passe souvent à Fengallage et à Falunage, 
deux parties de coton, à-la-fois, on peut 
donner aux chaudières 5 pieds 4 pouces 
(1^083 mètre) de diamètre, sur 2 pieds 8 
pouces (0,867 mètre) de profondeur. 

Dans la teinture en coton , on emploie 
généralement le sumach pour diminuer 
la dose de la noix de galle : il faut donc 
disposer deux cuviers dans le même ate- 
lier pour lessiver le sumach et fournir une 



DO L'ART 

infusion qu'on verse dans la chaudière 

d'engallage. 

ARTICLE II L 

Disposition de r Atelier pour le Garançage 
et V Avipage. 

Lorsque les cotons sont sèches après 
leur alunage , on les lave avec beaucoup 
de soin ; et , dès qu'ils sont secs , on pro- 
cède à leur garançage. 

L'atelier du garançage doit être disposé 
de manière que Veau puisse couler , par sa 
pente naturelle , dans toutes les chau- 
dières , et y arriver, en assez grande quan- 
tité, pour que la chaudière soit remplie 
en très-peu de temps. 

Cet atelier doit être très -aéré, pour 
éviter le séjour des vapeurs incommodes, 
qui s'élèvent de la chaudière , incommo- 
dent les ouvriers et ne permettent pas de 
juger de l'état du coton. 

Le sol doit en être pavé ; et on y mé- 
nagera des pentes pour que l'eau s'écoule 



DE LA TEINTURE. 3l 

facilement, et qu'on puisse y entretenir 
une propreté convenable. 

Lorsqu'on peut établir une large com- 
munication entre le lavoir et Fatelier du 
garançage, on se donne par-là une grande 
facilité pour le transport du coton, l'issue 
des vapeurs et la surveillance des tra- 
vaux. 

L'étendue de cet atelier, et le nombre 
des chaudières qu'on doit y établir , dé- 
pendent de la quantité de coton qu'on se 
propose d'avoir à-la-fois en teinture. On 
pourra déterminer aisément les dimen- 
sions de l'atelier et le nombre des chau- 
dières, lorsqu'on saura qu'on peut garan- 
cer 70 livres de coton (35 kilogrammes) 
dans une chaudière de 7 pieds 6 pouces 
( 2,274 mètres) de longueur, sur 3 pieds 
9 pouces (1,118 mètre) de largeur, et un 
pied 6 pouces (0,487 mètre) de profon- 
deur ; et qu'on peut faire cinq à six garan- 
çages , par jour , dans la même chau- 
dière. 

Lorsque le coton est garance, on le sou- 



2 L'A RT 

met à l'opération de ravivage, pour le dé- 
pouiller de toute la partie du principe 
colorant qui y adhère peu, et pour lui 
donner Féclat et le brillant qui appar- 
tiennent au rouge d'Andrinople. 

Les chaudières d'avivage doivent donc 
être établies à côté des chaudières de ga- 
rançage ; et il en faut deux pour chacune 
de ces dernières , si Ton veut qu'il n'y 
ait jamais d'interruption dans les tra- 
vaux. 

Au-dehoi s de la salle, sous un hangard , 
on place des cuviers pour lessiver les sou- 
des, et former les lessives nécessaires aux 
apprêts. 

Comme nous avons déjà supposé que 
chaque partie de coton étoit de 200 li- 
vres, une chaudière Ravivage , dont la 
forme ordinaire, dans le Midi de la France 
et dans les Echelles du Levant , est celle 
d'un œuf dont les deux bouts sont apla- 
tis, doit avoir 3 pieds 6 pouces ( 1,162 
mètre) de diamètre dans le fond, 4 pieds 
( i,32Ô mètre) vers le milieu, et 5 pieds 



DE LA TEINTURE. 55 

( 1,624 mètre) de hauteur. V oy ezfîg. 6 ' , 
planche 1. 

J'ai vu , dans plusieurs fabriques du 
Nord, des chaudières d'avivage qui ne 
diffèrent des chaudières rondes que par 
le couvercle, dont on se sert pour les re- 
couvrir et pour empêcher que le coton 
ne soit poussé au-dehors par les efforts de 
Fébullition. 

Je crois la forme des chaudières ovales 
préférable , parce que le coton y est mieux 
baigné dans le liquide ,• parce que la cha- 
leur y est plus concentrée , et parce qu'elle 
présente une plus grande résistance à 
Feffort des vapeurs. 

Non loin des chaudières d'avivage doi- 
vent être placés les cuviers nécessaires 
pour préparer les lessives de soude em- 
ployées à cette opération. 

Je crois nécessaire d'entrer dans quel- 
ques détails sur la construction des four- 
neaux , tant pour les chaudières de garan- 
çage que pour celles d'avivage. Non-seu- 
lement un fourneau bien construit éco- 

3 



5 4 PART 

nomise beaucoup de combustible, et est 
d'un service facile , mais il influe encore 
puissamment sur la bonté (Tune opéra- 
tion, en ce qu'il chauffe également toutes 
les parties du bain , et qu'on peut en maî- 
triser Faction à volonté. 

Avant que la construction des four- 
neaux eût reçu les perfectionnemens qu'on 
lui a donnés de nos jours, on se bornoit 
à établir une chaudière sur quatre murs , 
de manière que le foyer en occupât toute 
la largeur et longueur > à l'exception d'en- 
viron 3 à 4 pouces ( un décimètre ) de 
chaque côté , par lesquels la chaudière 
reposoit sur les murs : une porte prati- 
quée au milieu d'un des murs des extré- 
mités, facilitait le service du combustible 
et donnoit entrée à l'air; la cheminée étoit 
construite vis-à-vis et à l'autre extrémité. 

On sent aisément, d'après l'idée que 
nous donnons de la construction vicieuse 
de nos anciens fourneaux , que le courant 
d'air qui s'établissoit entre la chaudière 
et le sol du foyer, entraînoit ka chaleur et 



DE LA TEINTURE. 55 

îa précipitait presque en entier dans la 
cheminée; de sorte qu'il falloit un temps 
très-long et une énorme quantité de com- 
bustible pour produire une évaporation. 

Le progrès des lumières , et le besoin 
d'économiser le temps et le combustible , 
ont dû apporter des changemens dans la 
construction des fourneaux dont nous 
allons nous occuper. 

Une construction de fourneau ne peut 
être réputée bonne , qu'autant que la cha- 
leur s'applique également sur tous les 
points de la surface du vase évaporatoire y 
et que toute celle qui se développe par 
la combustion est mise à profit. 

On peut donc déclarer qu'il existe des 
imperfections : 

i°. Toutes les fois qu'on ne chauffe 
qu'une des surfaces , parce qu'alors la 
masse générale du liquide ne s'échauffe 
qu'au tant que la portion du fourneau et 
celle du liquide qui reçoivent directement 
la chaleur la lui transmettent; de manière 
que l'opération est plus longue. 



36 L'ART 

2°. Toutes les fois qu'on voit fumer la 
cheminée : car cette fumée, toute com- 
posée de corps combustibles entraînés par 
le courant , annonce qu'ils ont échappé à 
la combustion. 

3°. Toutes les fois qu'on sent l'impres- 
sion d'une chaleur vive dans le courant 
d'air qui sort par la cheminée. 

En apportant quelques changemens 
dans chacune des parties qui composent 
un fourneau d'évaporation , on est par- 
venu à approcher de bien près de la per- 
fection. 

Lorsqu'on emploie le charbon, et que, 
par conséquent, il faut pratiquer un cen- 
drier , on a soin de le rendre profond , 
tant pour éviter que le menu charbon qui 
tombe embrasé ne dilate l'air qui aborde, 
que pour le mettre à l'abri des courans 
d'air extérieurs qui , variant sans cesse de 
force et de direction , rendent la combus- 
tion inégale. 

Le foyer et la cheminée demandent sur- 
tout une grande attention. La grille doit 



DE LA TEINTURE. 07 

occuper les deux tiers de la longueur , et 
un tiers de la largeur d'une chaudière 
oblongue; elle doit être placée à environ 
3 pouces (un décimètre) plus bas que le 
niveau de la pierre sur laquelle repose la 
porte , de manière qu'il y ait une pente 
dans l'épaisseur du mur contre lequel la 
grille vient s'appuyer. La grille doit être 
formée de barres de fer posées librement 
et sans liens sur des soutiens de même 
métal placés en travers et à environ un 
pied de distance l'un de l'autre (en fixant 
ou assujétissant les barres de fer, on les 
expose à se tourmenter et à se déjeter par le 
changement de dimensions qu'elles éprou- 
vent lorsqu'elles passent successivement du 
froid au chaud et du chaud au froid). La 
chaudière doit être placée à 12 ou i5 
pouces (3 à 5 décimètres) au-dessus de la 
grille; la nature du combustible déter- 
mine sur-tout la hauteur , et on la gradue 
selon qu'il donne plus ou moins de flamme, 
ou qu'il brûle avec plus ou moins d'acti- 
vité. 



38 L'ART 

La chaleur qui s'élève d'un foyer exerce 
son maximum d'action à une hauteur 
qu'il faut connoître, mais qui varie d'après 
les causes que nous venons d'indiquer. En 
général , le combustible qui développe 
beaucoup de flamme y exige une hauteur 
plus élevée; le charbon de terre épuré et 
le oharbon de bois en demandent une 
plus basse. Mais c'est toujours entre oes 
deux extrêmes qu'il faut prendre l'éléva- 
tion convenable. 

Lorsqu'on a à placer une chaudière 
ronde sur un fourneau , il faut encore 
apporter quelques modifications à la con- 
struction de ce dernier , sur-tout dans ce 
qui regarde l'emplacement de la grille. Dans 
presque tous les ateliers , on pose la chau- 
dière, de manière que le milieu du fond 
réponde au milieu de la grille ; cette dis- 
position seroit la meilleure , si la chaleur 
du foyer s'élevoit perpendiculairement 
pour frapper la chaudière ; mais le cou- 
rant d'air qui entraîne la flamme, et qui 
tend à gagner la cheminée lui donne une 



DE LA TEINTURE. % 

direction oblique; de sorte que le courant 
de chaleur ne frappe que la partie de la 
chaudière la plus proche de la cheminée. 
Pour obvier à cet inconvénient, il suffit 
de porter la grille en avant , de manière 
que le bord de la grille , du côté de la 
cheminée, réponde au milieu de la chau- 
dière , et que le côté de la porte du 
foyer soit perpendiculaire au bord anté- 
rieur. Dans cette position ,1a flamme qui 
s'élève du foyer fouette fortement contre 
toute la surface du fond de la chau- 
dière avant d'aller se perdre dans la che- 
minée. 

Mais c'est sur -tout dans la direction 
des cheminées qu'on a opéré, de nos jours, 
les plus heureux changemens : au lieu de 
s'élever perpendiculairement en partant 
du foyer, on les oblige à ceindre le flanc des 
chaudières et à tourner autour avant d'ar- 
river à la cheminée perpendiculaire , qui 
va se perdre dans les airs; de manière que 
lereste delà chaleur qui s'échappe du foyer 



40 L' x r. i 

est appliqué sur les surfaces des parois laté- 
rales des chaudières, et s'y dépose. 

Quelquefois , au fond du foyer , vis-à- 
vis la porte , sont pratiquées deux ouver- 
tures qui forment la naissance des che- 
minées tournantes % et qui viennent se 
réunir au-dessus de la porte du foyer en 
un seul tuyau, par lequel le courant d'air 
qui a servi à alimenter le feu, s'échappe 
dans l'atmosphère. Dans ce cas , la che- 
minée perpendiculaire est au-dessus de la 
porte du foyer. 

Mais plus souvent le courant ne sort 
du foyer que par une ouverture; alors la 
cheminée tournante se termine dans la 
cheminée perpendiculaire, à l'extrémité 
opposée à celle du foyer et du cendrier. 

Lorsque les chaudières sont très-grandes, 
et qu'il est difficile , sans employer une 
énorme quantité de combustible , d'en 
échauffer la base, on y pratique encore 
des cheminées tournantes , qui vont s'ou- 
vrir dans celles qui régnent tout autour. 

Cette dernière construction a l'avantage 



DE LA TEINTURE. 4* 

de soutenir les chaudières et d'empêcher 
qu'elles ne se bombent , ce qui arrive sur- 
tout aux chaudières de plomb et de cui- 
vre, et en occasionne une prompte des- 
truction. 

Les murs qui séparent les courans de 
la cheminée au-dessous de la chaudière , 
doivent être peu épais; leur largeur sera 
à-peu-près celle d'une brique. 

Au moment de placer la chaudière , 
on doit recouvrir la surface supérieure 
de ces cloisons d'une couche de lut , fait 
avec le crotin de cheval et Fargile pétris 
ensemble , pour que la chaudière touche 
par tous les points et que la flamme ou le 
courant d'air qui sort du foyer, soit forcé 
de parcourir toute rétendue de la che- 
minée. 

Le fourneau dont nous parlons en ce 
moment, présente sur-tout un très-grand 
avantage lorsqu'on se sert du bois pour 
combustible, parce que la flamme qu'il 
produit parcourt les sinuosités de la che- 
minée dans presque toute leur étendue; 



4^ L'ART 

et que la chaleur est appliquée sur toutes 

les surfaces de la chaudière. 

ARTICLE IV. 

Des Dispositions qu'il faut donner au 
Lavoir. 

Nous avons beaucoup parlé du lavoir, 
sans en déterminer la position : mais Ton 
a déjà senti que le lavage du coton ter- 
minant chaque opération , le lavoir doit 
être, pour ainsi dire, au centre de l'atelier 
et à côté de l'étendage. 

L'eau du lavoir doit être courante sans 
être trop rapide; et le volume doit en 
être tel , que plusieurs ouvriers puissent 
s'y placer , à-la-fois , sans être gênés dans 
leurs mouvemens. 

L'eau ne doit pas avoir moins de 6 
pouces (0,162 mètre) de profondeur, et 
il importe , pour la beauté des teintures , 
qu'au-dessus du lavoir, il n'y ait pas 
d'autres fabriques qui puissent troubler 
Feau ou y mêler des matières nuisibles. 



DE LA TEINTURE. 4° 

Pour approprier un lavoir à ses usages , 
il faut commencer par en paver le sol ; 
par ce moyen , on y maintient plus de 
propreté, attendu que le coton ne se mêle 
pas au limon ou à la terre qui en recouvre 
le fond, et que d'ailleurs il ne s^accroche 
plus aux objets raboteux qui pourroient 
s'y trouver. 

On élève, sur chaque côté et à un pied 
( o,3 2 5 mètre) au-dessus du niveau de 
Feau, un petit mur de 5 pieds (0,976 
mètre) de largeur. La surface doit en être 
bien polie. On peut employer, à cet usage, 
de belles dales ou de larges plateaux de 
bois qui remplacent les murs de maçon- 
nerie. 

Sur le milieu de la largeur de ces petits 
murs, on fixe des chevilles de bois, de forme 
conique et de la hauteur d'un pied (o,3s5 
mètre), on les place à une distance de 5 
pieds (1,627 mètre) Tune de l'autre, et 
de manière que les chevilles d'un côlé 
correspondent vers le milieu de l'inter- 
valle qui règne entre les chevilles du côté 



44 L'ART 

opposé. Chaque cheville a environ 3 pouces 
(environ un décimètre) de diamètre à sa 
base. Voyez fig. /, pi 2- 

Il est prudent , sur-tout lorsque le lavoir 
est établi sur un courant d'eau rapide , 
de placer un grillage à l'extrémité , afin 
d'arrêter le coton qui peut être en- 
traîné. 

J'ai vu des fabriques où le lavoir étoit 
établi sur des eaux stagnantes : mais, dans 
ce cas , le coton se nettoie mal , et la cou- 
leur n'a jamais l'éclat désirable. 

Comme les diverses opérations de tein- 
ture exigent des précautions bien diffé- 
rentes , et qu'il en est, dans le nombre, 
qui demandent une eau pure et tran- 
quille , telles que celles qui ont pour but 
le tirage de l'huile, je crois qu'il est très- 
avantageux à une fabrique d'établir un 
second lavoir, qu'on réserve pour ces opé- 
rations délicates. Ce petit lavoir peut être 
alimenté par l'eau d'un bassin : la largeur 
peut se réduire à 2 pieds 10 pouces (0,921 
mètre). Ce lavoir offre encore une grande 



DE LA TEINTURE. 4-5 

ressource , lorsque les eaux de la rivière 
sont troubles, trop basses ou trop fortes. 

ARTICLE V. 

Des Dispositions à donner à VEtendage. 

La position, l'étendue et l'exposition 
de l'étendage influent singulièrement sur 
le sort d'un établissement de teinture : car, 
comme dans chacune des nombreuses opé- 
rations qu'on fait subir au coton, on est 
obligé de le sécher après chaque opération 
avant de passer à une autre, il faut que 
l'étendage soit à portée de l'atelier , et que 
sa disposition , sous le rapport de l'éten- 
due et de l'exposition , présente tous les 
avantages convenables pour sécher promp- 
tement, et d'une manière égale, la quan- 
tité de coton qu'on mène de front dans 
l'atelier. 

Dans les pays du Nord , où la tempéra- 
ture , froide et constamment humide pen- 
dant six à huit mois de l'année , ne per- 
met pas de sécher les cotons en plein air, 



4$ L'ART 

on a recours à des étuves qu'on pratique 
dans l'atelier. Ces ressources de Fart sont 
inutiles dans le Midi, où il est rare que, 
même pendant l'hiver, on ne puisse pas 
sécher en un jour une partie de coton, 
sur-tout lorsque le coton est convenable- 
ment manipulé à l'étendage. Et c'est en- 
core un nouvel avantage pour les tein- 
tures du Midi sur celles du Nord. 

Nous devons donc nous occuper essen- 
tiellement des dispositions qu'il convient 
de donner à un étendage en plein air. On 
pourra facilement en déduire des consé- 
quences pour les dispositions d'un éten- 
dage couvert , en observant , toutefois , 
que, dans ce dernier, les cotons ne peuvent 
être que beaucoup plus serrés , par rap- 
port à la cherté des constructions et à la 
dépense du combustible. 

La grandeur d'un étendage doit être 
proportionnée à la quantité de coton 
qu'on se propose de mener de front dans 
le même atelier ; et on peut la déterminer , 
par approximation , en supposant que le 



DE LA TEINTURE 47 

tiers du coton qui est en teinture , reçoit 
les opérations qui n'exigent pas de dessicca- 
tion : l'étendage doit donc être capable de 
contenir les deux tiers du coton qui est 
entre les mains des ouvriers. Pour calcu- 
ler cette étendue , il suffit de savoir qu'il 
faut une surface d'environ 3o,ooo pieds 
carrés (10,000 mètres carrés) pour déve- 
lopper et sécher commodément 5,ooo li- 
vres (2 5o myriagrammes) de coton à-la- 
fois. 

Le sol qu'on destine à former un éten- 
dage , ne doit être ni humide > ni en- 
touré de bois : dans l'un et l'autre cas, 
la dessiccation y seroit longue et pé- 
nible. 

Mais y sans nous arrêter à tous ces petits 
détails, et pour bien apprécier tous les avan- 
tages et tous les inconvéniens d'un local 
qu'on aie projet de convertir en étendage, 
il suffit de savoir qu'il doit être bien exposé 
à l'air ; que toutes les parties de la surface 
doivent recevoir le soleil pendant le même 
temps ; qu'il doit être à portée de toutes 



48 L'ART 

les parties de Fatelier où Ton opère sur 

les cotons, etc. 

Lorsqu'on a fait choix du local , on le 
dispose de la manière suivante : on com- 
mence d'abord par en aplanir le terrein , 
et arracher toutes les herbes, les arbres et 
arbustes. On foule le sol de manière à s'as- 
surer que la végétation ne puisse pas s'y 
rétablir. On trace ensuite des lignes paral- 
lèles entr'elles et à la distance de 1 o pieds 
6 pouces (3 mètres ~) l'une de l'autre. On 
les dirige du sud à l'est. Après avoir tracé 
les lignes, on plante des piquets sur toute 
leur longueur, à la distance de 6 pieds 
( 2 mètres ) l'un de l'autre. Ces piquets 
doivent être très-droits , d'une surf ace bien 
unie, d'une grosseur d'environ 4 pouces 
(0,108 mètre) de diamètre : ils doivent 
s'élever au-dessus du sol de 5 pieds 8 
pouces (1,19^ mètre) , et le pied doit être 
assujéti dans une bonne maçonnerie, ou 
scellé dans un dé de pierre. 

Le choix des bois n'est pas indifférent 
pour former les piquets d'un étendage : on 



DE LA TEINTURE. 49 

rejettera les bois qui sont faciles à se cor- 
rompre , de même que ceux qui se gercent, 
qui s'ouvrent et s'écaillent par l'action 
successive de la chaleur et de l'humidité: 
ces derniers occasionneroient un déchet 
incalculable, en accrochant et déchirant 
le coton qui flotte continuellement par 
l'agitation de l'air ou par la manipulation 
de l'ouvrier. 

On fixe des soliveaux parallèles au sol 
sur le sommet de ces piquets ; ces soli- 
veaux, dont l'épaisseur est d'environ 4 
pouces en carré (environ un décimètre), 
régnent dans toute la longueur de l'éten- 
dage , et sont destinés à supporter des 
barres mobiles dans lesquelles on passe 
les mateaux de coton qu'on destine à sé- 
cher. 

Après avoir ainsi disposé ces soliveaux, 
on implante, dans la partie supérieure et 
à une distance de 2 pieds (o,65o mètre) 
l'un de l'autre , des clous de fer sans tête. 
Ces pointes de fer doivent être saillantes 
d'environ 3 pouces (0,081 mètre) relies 

4 



5o L'ART 

sont destinées à recevoir et à fixer les 
barres qui supportent le coton , et qui , à 
cet effet, sont percées d'un trou à l'une 
de leurs extrémités. 

Les barres dont nous venons de parler, 
doivent être d'un bois très -léger; elles 
doivent avoir des surfaces très -lisses , et 
environ 12 pieds (environ 4 mètres) de 
longueur. 

Chacune de ces barres peut recevoir 
4 livres de coton ( 2 kilogrammes ) ; de 
sorte que, pour opérer à-Ja-fois, dans 
l'atelier , sur 5,ooo livres ( 25o myria- 
grammes), il en faut 1,200. 

Il est nécessaire de pratiquer deux ou 
trois allées dans l'étendage , pour pouvoir 
communiquer dans les rangs, et se porter 
sur tous les points , sans être forcé d'en- 
trer par l'une ou l'autre des extrémités. 

Il est encore avantageux de former , au 
nord de l'étendage , un hangard d'environ 
3o pieds (environ 10 mètres) de longueur, 
sur 20 (environ 7 mètres) de largeur, pour 
y déposer les cotons , et les mettre prompte- 



DE LA TEINTURE. 5l 

ment à l'abri dans des temps d'orage , ou 
lorsqu'ils ne sont pas complètement séchés 
dans le jour. Voyez fig. 3 , pi 2. 

Nous avons essayé de présenter , dans 
lafîg- 1 y pi 3 y une disposition d'atelier 
de teinture que nous crojons réunir les 
principaux avantages dont nous avons 
parlé. 

CHAPITRE III. 

Du Choix des Matières employées à la 
Teinture du Coton en rouge. 

Pour faire de belles couleurs, il faut 
que toutes les matières qui entrent dans 
les opérations, soient d'une qualité con- 
venable : il y a donc un choix à faire dans 
le nombre des matières de même espèce 
qu'on emploie à la teinture du coton ; et 
-ce choix, qui , jusqu'ici , n'a été éclairé 
que par le résultat de l'expérience, peut 
être soumis à des règles invariables, et dé- 
terminé d'après des signes certains et des 
caractères constaus. 



02 L'ART 

ARTICLE PREMIER. 

Du Choix de la Garance pour la Teinture 
du Coton en rouge. 

La garance , la plus généralement em- 
ployée dans les ateliers de teinture en co- 
ton , est celle qu'on cultive dans le Midi 
de la France, sur-tout aux environs d'Avi* 
gnon. 

On expédie la garance dans des sacs de 
toile et en ballots du poids de 2 à 3 00 li- 
vres ( 10 à i5 myriagrammes). 

Mais la garance n'est pas constamment 
de qualité égale : il en est qui ne présente 
que des racines minces et filamenteuses : 
outre que cette qualité donne peu de cou- 
leur, elle est sombre et rembrunie. Il en 
est encore qui se présente en grosses ra- 
cines , dont le tissu a perdu beaucoup par 
la dessiccation , et qui n'offre que des tiges 
ridées et raccornies : celle-ci fournit une 
couleur pâle , où le jaune prédomine un 
peu trop sur le rouge. 



DEL A TEINTURE. 53 

On doit choisir 5 de préférence, les ra- 
cines d'une grosseur médiocre , du dia- 
mètre d'un tuyau de plume, et dont la 
cassure offre une couleur vive , d'un jaune 
rougeâtre. 

Les qualités de la garance proviennent , 
presqu'en entier , du terrein. Cette racine 
ne demande ni un terrein trop gras, ni u^ 
sol trop maigre : dans le premier cas , elle 
est trop abondante en principe extrac tif, 
elle se corrompt facilement , et se dessèche 
avec peine; dans le second, elle ne donne 
que des brindilles ou des radicules , dont 
le tissu, dépourvu de suc , ne fournit pres- 
que pas de principe colorant. 

Souvent des vues d'un intérêt mal en- 
tendu déterminent le cultivateur à arra- 
cher la garance à la fin de sa seconde 
année. Mais, à cet âge, elle n'a pas acquis 
encore la grosseur convenable , et la cou- 
leur n'a ni l'éclat ni la solidité de celle qui 
a trois ans. 

La garance ne se vend pas toujours en 
racine : on la distribue fort souvent en 



54 L 5 ART 

poudre et dans des tonneaux; et c'est sons 
cette forme que l'achètent les teinturiers 
en laine , qui l'emploient en petite quan- 
tité : mais j dans les teintures en coton , où 
la consommation est énorme , on préfère 
de Tacheter en racine , parce qu'on juge 
plus facilement de sa qualité , et que , 
d'ailleurs , l'établissement d'une usine 
pour la broyer devient économique , par 
rapport à la quantité qu'on en con- 
somme. 

La garance de Chypre et celle de Bar- 
barie , qu'on préfère dans quelques opéra- 
tions des arts, ne m'ont pas paru présen- 
ter de grands avantages pour la teinture 
en coton. Celle de Barbarie , qui est en très- 
grosses racines , m'a fourni constamment 
des couleurs plus pâles que celle de Pro- 
vence. Celle de Chypre , qui est plus grasse 
et presque pâteuse, donne des couleurs 
plus nourries et plus vives ; mais la diffé- 
rence de la couleur ne répond pas à la dis- 
proportion du prix. J'ai éprouvé que les 
garances étrangères ne produisoient au- 



DE LA TEINTURE. 55 

cune couleur que je ne pusse imiter par- 
faitement avec de la garance d'Avignon 
bien choisie et préparée avec soin. 

ARTICLE II. 

Du Choix des Huiles pour la Teinture 
du Coton. 

L'huile est, après la garance, la ma- 
tière dont la consommation est la plus 
forte dans une teinture de coton : sans 
l'huile, la couleur de la garance est mai- 
gre et peu solide. 

La beauté et Funi de la couleur dé- 
pendent essentiellement de la qualité de 
rhuile , et il est reconnu , parmi les tein- 
turiers , que la matière qui influe le plus 
puissamment sur les couleurs de garance, 
c'est l'huile. Aussi emploie-t-on les plus 
grands soins pour approvisionner un ate- 
lier de teinture d'une huile d'olive très- 
propre à la teinture. 

Les huiles douces, fines et légères , ne 
sont pas bonnes pour la teinture : elles 



56 L'ART 

forment , avec les soudes , une mixtion qui 
n'est pas durable , de manière que le coton 
qu'on passe dans ces lessives savonneuses, 
rien est qu'imparfaitement et très-inéga- 
lement imprégné. 

L'huile grasse , ou celle qu'on retire de 
l'olive par le secours de l'eau chaude et 
d'une forte pression , est la seule qu'on 
emploie dans les teintures. Celle-ci diffère 
essentiellement de l'huile vierge , en ce 
que , dans l'huile vierge , le principe hui- 
leux y est presque pur , tandis que , dans 
les huiles de fabrique y Y e^XvdiQXïî se trouve 
mêlé avec l'élément huileux , ce qui 
forme une espèce d'émulsion naturelle. 

Lorsque l'olive a subi une seconde 
pression , et qu'à l'aide de l'eau chaude 
on a facilité l'extraction de l'huile dont 
nous venons de parler, on peut, par une 
pression encore plus forte , exprimer une 
troisième sorte d'huile , qu'on appelle 
huile de force. Celle-ci , outre le principe 
extractif , contient encore un peu de prin- 
cipe ligneux ou fibreux , et ne fournit à 



DE LA TEINTURE. $7 

la teinture qu'une couleur sale et pois- 
seuse qu'il est impossible d'aviver. 

L'huile propre à la teinture nous est 
envoyée de la rivière de Gênes , sous le 
nom & huile de teinture ou & huile de fa- 
brique : elle est expédiée dans des futailles 
qui en contiennent 10 k 12 quintaux (5o 
à 60 myriagrammes). 

On achète aussi , pour le même usage , 
l'huile de Languedoc et de Provence , qui 
présente les mêmes avantages lorsqu'elle 
est extraite par les mêmes procédés. 

Mais, très - souvent , on vend, pour 
huile de teinture 3 des huiles qui ne sont 
pas propres à ses opérations : et il importe 
que le teinturier puisse , d'après des essais 
faciles, s'assurer de la bonne ou delà mau- 
vaise qualité de celle qu'on lui propose. 

Le moyen le plus simple et en même 
temps le plus sûr de constater la qualité 
d'une huile , est le suivant : on fait couler 
dans un verre quelques gouttes de l'huile 
dont on veut reconnoître la qualité ; on 
verse , par-dessus , de la lessive de soude 



58 L'ART 

d'Alicante, à un ou deux degrés du pèse- 
liqueur de Baume : le mélange devient 
d'un blanc laiteux ; on transvase , plu- 
sieurs fois , cette liqueur savonneuse , 
d'un verre dans un autre , et on place le 
verre sur une table pour laisser reposer 
la liqueur : l'huile est déclarée bonne si , 
après un repos de quelques heures , la li- 
queur reste blanche et savonneuse : elle 
est réputée mauvaise lorsqu'elle monte à la 
surface du liquide sous forme de gouttelet- 
tes > ou lorsque le mélange laiteux s'éclair- 
cit et devient un peu trouble et opaque, ou 
bien enfin lorsqu'il se forme , à la surface 
du liquide, une couche d'un savon mou, 
tandis que le reste de la liqueur prend la 
couleur du petit lait mal clarifié. 

Cette simple expérience suffit pour re- 
connoître si une huile dont on veut con- 
stater la qualité, se mêle bien avec la 
soude, et forme avec elle une combinai- 
son durable, et c'est là ce qu'il importe 
de savoir, afin que les cotons qu'on doit 
passer dans cette lessive s'imprègnent éga- 



DE LA TEINTURE. 5g 

lement du principe huileux. Dans ce cas, 
on peut se promettre des couleurs bien 
nourries, bien unies et très-vives , tandis 
que , si l'huile se dissout mal dans la les- 
sive et ne s'y conserve pas dans un bon 
état de combinaison , l'huile sera inéga- 
lement répartie sur le coton , et Ton n'ob- 
tiendra que des couleurs bigarrées. 

La préparation d'une lessive qu'on 
forme pour essayer une huile , n'est pas 
indifférente au résultat : en général , on 
prend de la bonne soude d'Alicante gros- 
sièrement concassée, sur laquelle on verse 
de l'eau pure; on laisse reposer pendant 
quelques heures , et , lorsque l'eau de soude 
marque un degré au pèse-liqueur de Bau- 
me , on la mêle avec l'huile. 

Les soudes de qualité inférieure ne peu- 
vent pas servir à ces usages, ni les lessives 
dont la concentration surpasse deux à trois 
degrés du pèse-liqueur. 



Go L'ART 

ARTICLE ML 

Du Choix des Soudes pour la Teinture 
du Coton en rouge. 

La soude est employée dans les pre- 
mières opérations de la teinture en rouge 
et dans les dernières : dans celles-ci 5 elle 
sert à aviver les couleurs et à dépouiller 
les cotons de la portion du principe colo- 
rant qui n'y est pas adhérente , tandis que ? 
dans les premières opérations, elle est em- 
ployée d'abord pour décruer le coton , et 
ensuite pour dissoudre Fhuile et en ren- 
dre l'application facile et égale sur toutes 
les parties. 

La consommation de la soude est donc 
très-considérable et très-importante dans 
une teinture en rouge , et un teinturier 
ne sauroit trop s'appliquer à faire choix 
d'une bonne et excellente qualité. 

Nous connoissons dans le commerce 
quatre à cinq sortes de soudes également 
employées dans les arts : mais chacune 



DE LA TEINTURE. 6l 

d'elles a ses usages marqués, et on ne peut 
pas les remplacer , sans inconvénient , 
Tune par l'autre. 

La première qualité de soude du com- 
merce, est celle qui porte le nom de soude 
cf^tlicante.'eWe nous arrive en gros blocs, 
du poids de 8 à 900 livres (40 à 45 my- 
riagrammes), enveloppés dans des nattes 
de joncs. 

Cette soude est très-dure, grise à l'ex- 
térieur , plus noire à l'intérieur : elle casse 
net ; les fragmens présentent des arêtes 
très-vives et des angles très-tranchans. 

Elle se dissout avec quelque peine sur 
la langue, et se pénètre d'eau très-len- 
tement : des morceaux gros comme des 
noix, mis dans une jarre qu'on remplit 
d'eau et qu'on vide , à plusieurs reprises y 
dans l'espace d'un mois, en sont retirés, 
sans qu'ils aient encore fourni tout leur 
alkali, et quelquefois même sans que le 
liquid e ait pénétré j usqu'au centre, pourvu 
toutefois que la dissolution se fasse tran- 



62 L'ART 

quillement et sans une forte agitation de 

Jia liqueur et de la soude. 

La soude d'Alicante est la seule qu'on 
emploie dans la teinture en coton ; mais 
il faut la conserver dans un lieu sec, pour 
qu'elle n'effieurisse pas; car , dans ce der- 
nier état, on ne peut pas s'en servir en 
teinture. 

Pour que la soude d'Alicante réunisse 
les propriétés qu'on doit, désirer , il faut 
d'abord que la plante qui la fournit ne 
soit brûlée et coupée que lorsqu'elle est 
parvenue à une maturité parfaite ; c'est- 
à-dire, vers la fin de l'été. Il paroît, en 
effet, que la soude n'est formée que lors- 
que la végétation de la plante a cessé : jus- 
ques-là , la soude qui provient de la com- 
bustion , quoiqu'ayant toutes les appa- 
rences extérieures de la bonne soude , n ? en 
produit pas les effets. 

Ces divers états des sels dans la même 
plante , à différentes époques de la végéta- 
tion , n'ont pas été suffisamment observés 
par les chimistes; c'est cependant l'étude 



DE LA TEINTURE. 65 

la plus directe pour connoître la for- 
mation et la transformation des matières 
salines; j'eusse moi-même poursuivi ces 
recherches, si je ne m'étois pas éloigné 
des lieux où, par la proximité de la mer , 
elles me devenoient plus faciles. Je me bor- 
nerai à consigner ici deux faits qui sont 
parvenus à ma connoissance. 

Pendant la guerre de la révolution , 
l'impossibilité de pourvoir nos ateliers de 
soude d'Alicante , et la difficulté de l'y 
remplacer par une autre espèce qui pré- 
sentât les mêmes avantages, nous a voit 
forcés , dans le Midi , à ralentir nos travaux 
de teinture. Lorsque la paix rouvrit nos 
communications avec l'Espagne, le fabri- 
cant de soude qui connoissoit nos besoins, 
en hâta la récolte sur plusieurs points, de 
manière que les plantes furent coupées et 
brûlées avant leur maturité. J'achetai moi- 
même le premier chargement de soude 
qui parut dans nos ports; mais je ne pus 
jamais remployer aux opérations de ma 
teinture , et fus obligé de la vendre , à 



G 4 L'ART 

baspriXj pour servir aux verreries en verre 
vert. 

Il paroît que ce travail des sels par la 
végétation et leur différence de nature 
dans les diverses saisons de Tannée , s* ob- 
servent dans d'autres plantes que celles 
qui donnent la soude : on sait que presque 
tout le sulfate de soude employé dans le 
Midi , provient de la lessive des cendres 
du tamarisc : mais on ignore généralement 
que le tamarisc ne fournit pas ce sel dans 
toutes les saisons. Si on le brûle en pleine 
sève ou dans le fort de sa végétation , la 
lessive des cendres laisse exhaler , pendant 
révaporation , une odeur très -forte de 
gaz hydrogène sulfuré, et on n'obtient 
presque pas de sulfate ; mais , lorsqu'on 
coupe la plante à la fin de l'été , alors 
presque toute la cendre se convertit en 
sulfate. Il paroît donc que l'acide sulfu- 
rique se forme par l'acte même de la vé- 
gétation. Mais d'où provient le soufre ? Je 
laisse la solution de cette question à l'ob- 
servateur zélé, qui, étudiant les opéra- 



DE LA TEINTURE. 65 

tions de la nature dans toutes ses méta- 
morphoses , pourra la prendre sur le fait. 

On cultive, sur les bords de la Méditer- 
ranée i un salicor qui fournit une assez 
bonne soude , connue sous le nom de soude 
de JVarbonne : néanmoins elle est très- 
inférieure à celle d'Alicante. Onpourroit 
en remplacer la culture par la plante qui 
fournit la soude d'Alicante. Les expé- 
riences que j'ai faites, à ce sujet, ne lais- 
sent aucun doute, et Ton peut en voir les 
détails à Farticle Soude de ma Chimie 
appliquée aux Arts. 

Presque par -tout, sur les bords de la 
mer, on brûle les plantes salées qui y 
croissent, pour en former de la soude. 

Dans le Midi, la soude qui provient de 
la combustion de presque toutes les plantes 
qui croissent sur les bords de la Méditerra- 
née, entre le port de Cette et Aiguës-Mortes, 
est connue sous le nom de blanquette. 

Dans le Nord , on brûle des fucus, des 
warecs^ouY former la soude qu'on appelle 
soude de warec. 

b 



66 L'AR T 

Ces dernières qualités sont médiocres^ 
et ne peuvent servir que pour des opéra- 
tions peu délicates. 

On connoît encore dans le commerce 
le natron et les cendres de Sicile , qui 
tiennent le milieu entre les soudes d'Es- 
pagne et les indigènes. 

Chacune de ces diverses soudes a ses usa- 
ges : on pourroit sans doute , par des opéra- 
tions chimiques, dégager la soude propre^ 
ment dite de toutes les matières étrangères 
qui lui sont unies; mais, dans les arts, ces 
travaux dispendieux ne peuvent s'appli- 
quer qu'aux seuls cas où il faut des matières 
de première qualité; c'est pour cela qu'on 
ne purifie les soudes que pour les employer 
à la fabrique des glaces , et à un petit nom- 
bre d'opérations extrêmement délicates. Il 
ne faut pas perdre de vue d'ailleurs que 
dans quelques arts , tels que ceux de la 
verrerie, la soude agit, non - seulement 
par son principe alkalin , mais encore par 
ses principes terreux qui entrent dans la 
composition du verre» 



DE LA TEINTURE. 67 

On pratique déjà , avec le plus grand 
succès , l'extraction de la soude par la dé- 
composition du sulfate ou du muriate de 
soude , et Ton emploie par-tout, pour in- 
termède , la craie ou le fer : mais, dans ce 
cas, la soude qui provient de ces opéra- 
tions demande à être purifiée avec le plus 
grand scrupule avant d'être employée dans 
les teintures ; car il est à craindre qu'il n'y 
reste quelques atomes de chaux ou de fer, 
et Ton sait que ces deux matières sont 
deux ennemis perfides de la teinture en 
rouge. 

Au reste, lorsqu'on a de la bonne huile 
dans une temture, on peut éprouver les 
soudes , en formant à froid une lessive qui 
marque un ou deux degrés , et en la mê- 
lant avec l'huile : la soude est bonne si le 
mélange fournit une liqueur savonneuse 
très- blanche, bien opaque, et si elle con- 
serve cette consistance pendant plusieurs 
jours sans altération dans la couleur. La 
soude est mauvaise , au contraire, si , peu 
de temps après le mélange , la liqueur 



68 L'ART 

s'écïaircit et présente une couche savon- 
neuse à la surface. 

ARTICLE IV. 

Du Choix de VAlun -pour la Teinture du 
Coton en rouge. 

On connoît plusieurs espèces d'alun 
dans le commerce : Femploi de l'une ou 
de l'autre est presque indifférent dans les 
opérations de plusieurs arts, comme, par 
exemple , dans la teinture en laine , d'après 
les expériences faites aux Gobelins par 
MM. Thenard et Roard. Mais $ dans la 
teinture en coton , l'observation a prouvé 
qu'on ne pouvoit pas se servir indistinc- 
tement de tous les aluns du commerce, 
sur-tout lorsqu'il s'agit d'obtenir des cou- 
leurs rouges qui aient beaucoup d'éclat. 
Le plus léger atome de fer nuance cette 
couleur et la fait tourner au violet. 

On a beaucoup écrit sur les causes de 
la variété qu'on observe dans les aluns : les 
uns l'ont attribuée au degré de pureté dont 



DE LA TEINTURE. 69 

ils jouissent , d'autres Font rapportée aux 
proportions qu'ils ont cru devoir être très- 
variables dans les principes constituans. 

Sans doute , le mélange des matières 
étrangères doit modifier l'effet de l'alun : 
ainsi quelques atomes de fer dissous dans 
ce sel doivent nécessairement altérer toutes 
les couleurs où Falunage succède à l'opé- 
ration de l'engallage : d'un autre côté, le 
sulfate de chaux qui peut se trouver mêlé 
en peti te quantité avec le sulfate d'alumine, 
ternit et aviné le rouge d'une manière 
frappante. 

En précipitant Falumine d'une disso- 
lution d'alun par l'ammoniaque ( alkali 
volatil) , on reconnoît aisément la pureté 
des aluns. Car l'alumine précipitée de celui 
de Rome reste blanche , tandis que celle 
de l'alun de Liège devient grisâtre. Aussi 
MM. Thenard etRoard ont-ils démontré, 
par l'analyse comparée de six aluns du 
commerce , que leur principale différence 
provenait des proportions dans lesquelles 
le fer y est contenu. Celui de Rome leur a 



JO L'ART 

paru le plus pur; mais ils ont prouvé que 
tous pouvoient être ramenés au même 
degré de pureté par une simple dissolu- 
tion et une nouvelle cristallisation. 

L'alun de Rome est, à peu de chose 
près , naturellement exempt de fer , parce 
que la pierre qui le fournit a déjà subi 
une calcination dans les entrailles de la 
terre , et qu'on lui en applique une se- 
conde pour en faciliter la lixiviation , ce 
qui a l'avantage de décomposer les sulfates 
de fer, 

M. Gay-Lussac , qui a suivi sur les lieux 
l'opération de la calcination > s'est convain- 
cu qu'il se dégageoit de Facide sulfureux et 
de Foxigène,cequi annonce la décomposi- 
tion d'une portion de Facide sulfurique. 
Dans les autres fabriques d'alun, on se 
borne à calciner une seule fois le mine- 
rai , et on le lessive pour en retirer l'alun 
qui s'est formé ; de sorte que tous les sul- 
fates produits par cette première calcina- 
tion , se trouvent dans les lessives , et se 
mêlent àl'alun lorsqu'on le fait cristalliser, 



DE LA TEINTURE. 71 

La chimie est parvenue aujourd'hui 
à fabriquer l'alun de toutes pièces, par 
la combinaison directe de l'acide, de l'alu- 
mine et de la potasse. J'ai été un des pre- 
miers à former des établissemens de ce 
genre , et la simplicité de mes procédés 
m'a constamment permis de concourir 
avec les entrepreneurs de l'exploitation 
des mines d'alun. Je ne doute pas que , 
dans quelques années , l'alun de fabrique 
ne suffise à tous nos usages. On peut con- 
sulter ce que j'ai dit sur l'art de fabriquer 
l'alun y dans ma Chimie appliquée aux 
Arts. 

D'après les essais nombreux que j'ai 
faits des aluns, celui de Rome et ceux de 
fabrique bien préparés m'ont paru d'un 
égal mérite. L'alun du Levant vient après 
ces premiers : celui qu'on extrait chez 
nous et ailleurs , par la décomposition des 
schistes pyriteux et alumineux , tient le 
dernier rang ; mais il suffit de le dis- 
soudre et de le faire cristalliser une 



seconde fois pour qu'il acquière les pro- 
priétés du meilleur alun» 

ARTICLE V. 

Du Choix de la Noix de galle pour la 
Teinture du Coton en rouge. 

Le commerce conrioît quatre princi- 
pales qualités de noix de galle : i°. les 
galles noires; 2°. les galles en sorte; 3°. la 
galle d'Istrie ; 4 . les galles blanches et 
légères. 

Les galles noires sont préférables à toutes 
les autres : elles sont de la grosseur de noi- 
settes , de couleur d'un gris noirâtre ^ très- 
pesantes et très-difficiles à concasser. Elles 
donnent plus de fond et plus de solidité 
aux couleurs ; mais elles sont plus chères 
et en même temps plus rares, sur-tout 
sans être mélangées. 

On emploie généralement la galle en 
sorte dans les teintures de coton ; et on 
connoît, sous ce nom, un mélange de 
galle noire avec une galle blanche égale- 



DE LA TEINTUR E. 7 5 

ment dure et pesante. La galle en sorte 
est d'autant plus estimée , qu'elle présente 
plus de galle noire dans son mélange. 

La galle d'Istrie est épineuse sur toute 
sa surface ; elle est plus légère que les pré- 
cédentes , et ne fournit ni le même fond 
de couleur, ni le même éclat. 

La quatrième espèce de galle est celle 
du pays : elle vient abondamment en Pro- 
vence, en Languedoc, sur-tout en Espa- 
gne. La surface est lisse; elle est plus grosse 
et plus légère qu'aucune des précédentes, 
l'enveloppe en est très-mince. 

On ne peut employer ces deux der- 
nières qualités, qu'en les mêlant avec les 
premières. 

Dans presque toutes les teintures en 
coton, on est aujourd'hui dans l'usage de 
mêler le sumach à la galle \ tant pour di- 
minuer la dose de cette dernière , que pour 
roserun peu la couleur rouge. On l'achète 
en feuilles dans le Midi , et on ne prend 
que les jeunes pousses de l'année. On en 
trouve aussi , à Marseille et ailleurs , en 



74 L'ART 

poudre et dans des sacs r mais ce dernier 
provient quelquefois de la mouture des 
grosses tiges qui n'ont pas, à beaucoup 
près , la vertu des feuilles et des rejetons 
de Tannée. 

ARTICLE VI. 

Du Choix du Sang pour la Teinture du 
Coton en rouge. 

Le sang a le double avantage de don- 
ner à la couleur de la garance un fond 
plus riche et plus vif, et d'en augmenter 
la solidité. Tout le monde sait que le fil 
ou le coton trempé dans le sang , et séché, 
contracte une couleur qu'on a de la peine 
à enlever par Teau ; et aucun teinturier 
n'ignore que ]es cotons teints sans l'emploi 
du sang dans le garançage, prennent une 
couleur pâle , terne , sèche , qui n'est nul- 
lement comparable à celle que présentent 
les mêmes cotons lorsqu'on mêle du sang 
au garançage. 

On emploie, de préférence , le sang de 



DE LA TEINTURE. 7^ 

bœuf; mais cette préférence n'est due qu'à 
ce qu'il est plus commun et moins re- 
cherché comme aliment que celui de quel- 
ques autres animaux. 

Le sang se corrompt aisément et il se 
décolore. Pendant l'été, on éprouve beau- 
coup de peine à le préserver de l'altéra- 
tion, quoiqu'on le conserve dans de grandes 
jarres enfouies dans la terre : je me suis 
bien trouvé d'y mêler, dans cette saison 
seulement , un peu de dissolution d'alun. 
Par ce moyen, on peut le préserver de 
toute dégénération pendant long- temps, 
sans lui rien ôter de ses vertus. 

J'ai essayé de remplacer le sang par des 
dissolutions de colle-forte et par d'autres 
extraits de substances animales ; mais il 
s'en faut que j'aie obtenu les mêmes résul- 
tats : cependant l'usage de ces matières 
animales ne peut pas être regardé comme 
indifférent ; l'effet qu'elles produisent , 
quoique inférieur à celui du sang , mérite 
qu'on en fasse usage dans tous les cas où 



76 L'ART 

Ton ne peut pas se procurer cette liqueur 
animale. 

J'ai vu encore employer une légère 
infusion de noix de galle pour tenir lieu 
du sang : mais cette ressource ne peut pas 
être comparée à celle que présentent les 
colles et les autres extraits animaux. 

CHAPITRE IV. 

Des réglemens quilconvientd* établir dans 
un atelier de Teintuiv en Coton (1). 

Personne n'a pu travailler , pendant 
quelque temps , dans un atelier , sans se 
convaincre que le sage emploi du temps et 

(1) Tous les détails que je donne dans ce chapitre 
sont puisés dans ce qui se pratique dans les établis- 
seinens du Midi , ou bien ils m'ont été fournis par ma 
propre expérience. 

On pourra trouver de la différence entre ce que je 
dis et ce qui se pratique dans quelques teintures ; mais 
on aura alors l'avantage de pouvoir comparer les 
méthodes, et de prendre celle qui paroîtra réunir le 
plus d'avantages. 



DE LA TEINTURE. 7y 

la répartition bien entendue des travaux 
sont les premiers élémens de sa prospé- 
rité. On peut avancer comme vérité fon- 
damentale , que le succès d'un établisse- 
ment dépend peut-être moins de la per- 
fection des produits et de la science du 
directeur , que du régime et de l'adminis- 
tration de l'intérieur de ]a fabrique; et je 
déclare qu'une expérience de trente an- 
nées d'étude , d'observation et de pratique 
dans les arts , m'a présenté un plus grand 
nombre d'établissemens ruinés par incon- 
duite ou par une administration vicieuse, 
que par défaut de lumières. 

Dans les filatures de coton , on est dans 
l'usage de former des écheveaux de 5oo 
aunes (environ 3Go mètres) de fil-, et 
de les lier chacun avec un fil. La livre 
de coton contient donc un nombre d'éche- 
veaux d'autant plus grand que le fil est 
plus fin. C'est cette variété dans le nom- 
bre des écheveaux par livre de coton, 
qui fait qu'on classe et distingue les cotons 
par numéros. Ainsi la finesse de la filature 



78 L'ART 

est classée par numéros; et la filature la 
plus fine est distinguée par les numéros les 
plus élevés. 

Pour disposer le coton à la teinture , et 
en rendre le travail plus facile, on est 
obligé de couper les premiers liens de 
chaque écheveau, et de les remplacer par 
des liens plus lâches; sans cela, le coton 
sortiroit chiné du bain de teinture , parce 
que les mordans et la couleur ne pour- 
raient pas pénétrer sous les liens. 

On réunit par un lien commun un 
nombre suffisant d'écheveaux pour for- 
mer un quart de livre , de manière que , 
lorsque le coton est livré au teinturier , 
il est disposé en petits mateaux , dont cha- 
cun pèse un quart de livre ; et chaque 
partie de coton qu'on confie au même 
ouvrier, est du poids de 200 livres (100 
kilog.). Cette quantité ne pourroit être 
ni excédée ni diminuée sans inconvé- 
nient, attendu qu'elle ne présente pas un 
trop grand volume , qu'elle peut être 
traitée en assez peu de temps pour que 



DE LA TEINTURE. 79 

l'ouvrier n'en soit pas fatigué, et que ceux 
des mordans qu'on applique chauds, ne 
perdent pas la chaleur qu'on leur a donnée, 
avant que l'opération qu'on fait subir au 
coton soit terminée. En outre, les dimen- 
sions des appareils , le poids des matières , 
tout se calcule sur cette quantité de co- 
ton, et il seroit très-désavantageux de ne 
pas opérer invariablement sur ce poids. 

On est dans l'usage d'associer deux ou- 
vriers au même travail , et de leur confier 
une quantité suffisante de coton , sur la- 
quelle ils opèrent chaque jour jusqu'à ce 
que la teinture soit parfaite : ces deux ou- 
vriers peuvent conduire aisément à-la-fois 
quatre parties de coton de 200 livres cha- 
cune. On leur adjoint ordinairement une 
femme, tant pour les aider à transporter 
les cotons des salles à l'étendage et au la- 
voir , que pour surveiller et travailler ces 
mêmes cotons à l'étendage et dans les 
salles , à mesure que les ouvriers les pas- 
sent aux apprêts et aux mordans. 

Chaque paire d'ouvriers a ses cuviers , 



8o L'ART 

ses jarres et une place à l'étendage qui lui 
est affectée. 

Lorsqu'on délivre une partie de coton , 
on donne à l'ouvrier une carte qui porte 
la date du jour, le numéro du coton, 
rindication de la couleur , etc. et l'ouvrier 
a l'attention de placer cette carte sur les 
jarres de lessive, qui sont affectées à cette 
partie de coton ; de sorte qu'il ne peut 
jamais y avoir ni erreur, ni désordre. 

Lorsqu'on considère l'énorme quantité 
de coton qu'on mène de front dans un 
atelier , le grand nombre d'opérations 
qu'on fait subir à chaque partie, les trans- 
ports et les déplacemens fréquens qui ont 
lieu , on doit craindre , à chaque instant, 
qu J il n'y ait mélange ou confusion, que 
les apprêts destinés pour une partie ne 
soient donnés à une autre , en un mot , 
qu'on ne change ou n'intervertisse l'ordre 
des opérations. On doit donc être peu 
étonné de voir que nous insistons sur de 
petits détails en apparence. 

C'est d'après les mêmes considérations 



DE LA TEINTURE. 8l 

que je présenterai encore ici quelques ob- 
servations, tant sur les divers moyens de 
traiter avec l'ouvrier , que sur Firnpor- 
tance de la manipulation dans une tein- 
ture. 

J'ai vu traiter avec les ouvriers de deux 
ou trois manières différentes : les uns con- 
viennent avec les ouvriers d'un salaire dé- 
terminé par jour , par mois ou par année; 
les autres traitent à forfait avec eux , et 
stipulent un prix quelconque pour chaque 
partie de coton; d'autres enfin ne tien- 
nent compte à l'ouvrier que de ses jour- 
nées de travail effectif. Ce dernier mode 
est le plus mauvais de tous, en ce que 
souvent Fétat inconstant du ciel ne per- 
met de se livrer au travail que quelques 
heures par jour , par rapport au besoin 
où Fon est de sécher à Fétendage; cepen- 
dant ces quelques heures sont un temps 
précieux et irréparable, soit pour aérer 
des cotons qui s'échauffent , soit pour ter- 
miner une dessiccation commencée. D'ail- 
leurs Fouvrier, incertain d'un salaire qui 

6 



L'ART 

lui-même dépend de l'é tat trop incertain 
de l'atmosphère, ne tarde pas à aban- 
donner un atelier où il ne trouve qu'une 
existence précaire. 

Le second mode est encore vicieux , en 
ce que l'ouvrier qui a un ouvrage à for- 
fait , s'occupe moins de donner une bonne 
qualité à ses produits, que d'assurer une 
grande fabrication. A la vérité , on peut 
convenir de la quantité de coton qu'il 
pourra mener de front; mais il est impos- 
sible de prévenir les cas où il travaillera 
des cotons encore humides ou séchés iné- 
galement , et il est à craindre qu'il ne 
soigne pas convenablement les opérations 
aussi nombreuses que délicates, qui con- 
stituent la teinture. On a toujours à re- 
gréter de mettre l'intérêt du fabricant en 
opposition avec celui de l'ouvrier, et c'est 
néanmoins ce que présentent presque tous 
les traités à forfait. Ces sortes d'engagemens 
ne peuvent convenir dans les fabriques, 
que pour ces cas très-rares , où les diffé- 
rentes méthodes qu'on peut employer 



DE LA TEINTURE. 85 

pour arriver à un résultat, n'offrent aucune 
chance ni à la ruse ni à Terreur. 

Il m'a paru constamment que le seul 
moyen de traiter avec l'ouvrier , de ma- 
nière à concilier son intérêt et celui du 
fabricant, étoit de convenir avec lui d'un 
traitement fixe pour un temps déterminé : 
dans cette position , l'ouvrier se met à la 
disposition du chef de la fabrique , il se 
conforme sans répugnance à ses volontés; 
et, s'il fait moins de travail, il le fait du 
moins toujours à propos. 

La couleur bien unie qu'on obtient si 
rarement dans la teinture du coton en 
rouge dépend essentiellement du degré 
d'habileté avec laquelle l'ouvrier mani- 
pule les cotons : cet art des manipulations 
présente bien des difficultés , et il faut un 
assez long apprentissage pour former un 
bon ouvrier en ce genre. 

Nous pouvons réduire à quatre opéra- 
tions principales tout ce qui tient aux: 
manipulations. 



84 JL> A R T 

i°. La manipulation du coton aux ap- 
prêts et aux mord ans. 

2°. lia manipulation à l'étendage. 

3°. La manipulation au lavoir. 

4°. La manipulation au garançage et à 
Favivage. 

i°. Lorsqu'on passe les cotons aux ap- 
prêts ou aux mordans > il faut en impré- 
gner tous les fils bien également , et les 
exprimer ensuite de façon qu'ils restent 
tous mouillés au même degré ; sans cela , 
la couleur ne présentera qu'une bigarrure. 

Pour arriver à ce but , lorsqu'on passe 
une partie de coton, l'ouvrier commence 
par puiser dans sa jarre, pour verser dans 
la terrine la quantité de mordans ou de 
lessive qui est nécessaire pour impré- 
gner deux livres de coton. Il prend alors 
une livre de coton de chaque main , qu'il 
présente perpendiculairement au-dessus 
de la terrine qui contient la liqueur 
(Voyez fig. 1 , pi. 4); il plonge le coton 
dans le liquide : il tient alors chaque 



DE LA TEINTURE. 85 

mateau entre l'index et le pouce, dé- 
ploie les autres doigts , et presse de toute 
la main sur le coton , en le foulant forte- 
ment et dans tous les sens (Voyez fig. 2 , 
pi 4). L'ouvrier se redresse, conserve le 
coton perpendiculairement {Voyezfig. 3, 

pi 4); il déplace ses mains pour saisir le 

1 
coton dans une autre partie, et il le plonge 

et foule de nouveau; il se redresse, foule 
encore et renouvelle cette manœuvre trois 
à quatre fois. Ces soins extrêmes sont né- 
cessaires pour que le coton boive ou s'im- 
bibe également. 

Cela fait, il dépose un des deux ma- 
teaux sur le bord de la terrine , prend 
l'autre avec les deux mains et en exprime 
une partie avec force. En cet état, il l'ac- 
croche à la cheville par la partie expri- 
mée; et, en prenant le mateau avec les 
deux mains, par l'autre extrémité, il le 
tord et en exprime tout le mordant qui y 
est en excès. Voyezfig. 4, pi 4. 

Il jette ensuite le mateau sur la table , 
<et fait la même opération sur le second. 



86 L'ART 

A mesure que les deux ouvriers pas- 
sent leur coton , la femme qui est associée 
à leurs travaux, prend les mateaux, en 
saisit un de chaque main , les agite circu- 
lairement dans l'air , et les laisse tomber 
sur la table sans effort, mais sans les aban- 
donner ; elle tord ensuite un des bouts , 
et les empile sûr un bout delà table, pour 
les y laisser jusqu'au lendemain. On ap- 
pelle cette dernière opération , dans le 
Midi , friser le coton , ouvrir le coton: 
Voyez fig. 5 >pl. 4. 

2 . Le coton se transporte à Fétendage 
sur des brouettes garnies de toile, pour 
que le coton ne s'accroche pas. On met 4 
livres ( 2 kilog.) de coton à chaque barre; 
et, comme il importe qu'il sèche bien 
également et promptement, on le distri- 
bue sur la longueur des barres avec le plus 
grand soin : à cet effet , on passe les deux 
mains dans chaque quart de livre de co- 
ton y on presse fortement en bas du revers 
de la main gauche, et Ton porte en haut 
la main droite avec force et précipitation. 



DE LA TEINTURE. 87 

Après avoir répété ce mouvement brusque 
de la main droite, à deux ou trois reprises, 
les fils se trouvent distribués également 
sur la barre. 

Malgré ces précautions, le coton séche- 
roit inégalement si on n'avoit pas l'atten- 
tion de retourner de temps en temps les 
barres sur elles-mêmes, pour que le coton 
présente successivement au soleil toutes 
ses surfaces. 

3°. Le coton qu'on doit laver est ou sec 
ou humide : il est sec dans les deux cas 
suivans : i°. lorsqu'on le lave pour le 
tii^er ou le soriir de ses huiles ; 2 . lors- 
qu'après l'alunage on le lave encore pour 
le porter au garançage. Il est humide lors- 
qu'après le garançage, ou l'avivage, on le 
porte à l'eau pour le nettoyer ou le dé- 



gorger* 



Dans le premier cas , on met le coton 
sur l'eau , et on l'y plonge avec les pieds 
pour l'y retenir et l'y fouler jusqu'à ce 
qu'il soit imprégné par- tout. On reconnoît 
que le coton est convenablement humecté 



88 L\A R T 

lorsqu'il reste sous F eau et qu'aucun écïie- 
veau ne monte à la surface , ou bien lors- 
qu'en exprimant le coton, l'eau s'en 
échappe par tous les points et non en 
gouttelettes. 

Dans le second cas , il ne s'agit que de 
présenter le coton au courant de Teau , 
et de l'y agiter jusqu'à ce qu'elle n'en 
soit plus colorée. 

Dans les deux cas , on exprime le 
coton à l'aide de chevilles qui sont dispo- 
sées sur le bord du lavoir. 

4°. Lorsqu'on dispose le coton pour le 
garançage , on commence par passer le 
coton en bâton > c'est-à-dire , qu'on met 
une livre ~ (^ de kilogramme) de coton 
dans une corde de la grosseur du petit 
doigt, et longue de 3 pieds (un mètre). 
On noue les deux bouts de cette corde , 
^6. passe une barre dans deux de ces 
éordes ainsi chargées (ces barres doivent 
être assez fortes pour soutenir le poids 
dans la chaudière , et assez longues pour 
reposer en travers sur les deux côtés). 



DE LA TEINTURE. 89 

Lorsque le bain de garance est tiède , 
on y plonge le coton passé dans les barres. 
On en met jusqu'à 7G livres (36 kilo- 
grammes environ ) par garançage , dans 
les chaudières dont nous avons déjà fait 
connoître les dimensions. 

On retourne le coton avec soin , en 
allant d'une extrémité de la chaudière à 
l'autre : à cet effet , deux hommes soulè- 
vent chaque barre en la prenant d'une 
main par les deux bouts , et l'un d'eux 
passe un bâton pointu dans le coton , en 
glissant sous la barre , tandis que l'autre 
prend le bâton par l'autre bout : ils sou- 
lèvent alors le coton qu'ils changent de 
place en le faisant tourner sur la barre. 

Cette manipulation s'exécute sans in- 
terruption, jusqu'à ce que le bain soit en 
ébullition. Alors on passé des barres plus 
fortes dans les cordes , on appuie ces barres 
sur la chaudière , et on entretient l'ébul- 
lition , en observant de faire plonger le 
coton dès qu'il se montre à la surface. 

On arrête le feu, et on retire le coton 



go L'ART 

de la chaudière du moment que le bain 

est devenu clair ou d'un jaune pâle. 

On doit encore observer que, pour que 
le coton (ne se mêle pas dans l'opération 
du décrûment , ou dans ravivage , on 
prend un quart de coton , on le passe dans 
les autres trois quarts , et on replie les 
deux extrémités de ces derniers, qu'on 
passe dans le reste du mateau. Par ce 
moyen , les mateaux tournent dans la 
chaudière , y sont agités en tout sens sans 
se mêler. 

CHAPITRE V. 

Des Préparations du Coton -pour la 
Teinture en rouge. 

A Andrinople , d'où la teinture du co- 
ton en rouge a été portée en France, ainsi 
que dans les procédés perfectionnés qu'on 
exécute aujourd'hui dans les ateliers fran- 
çais, tout l'art de la teinture du coton en 
rouge consiste à imprégner d'huile laco- 



DE LA TEINTURE. 91 

ton, à Fengaller , à l'aluner, à le garancer 
et à aviver la couleur. Il n'y a de diffé- 
rence que dans la manière de conduire 
les opérations , dans les proportions des 
ingrédiens, et dans Tordre dans lequel on 
fait succéder les manœuvres. 

Je commencerai par décrire le procédé 
que j'ai constamment pratiqué dans mes 
ateliers; je n'en ai pas connu jusqu'ici 
qui ait donné ni de plus belles, ni de plus 
vives , ni de plus solides couleurs. 

Nous réduirons à quatre opérations 
principales tout ce qui regarde la teinture 
du coton en rouge , et nous les désigne- 
rons par les mots suivans : i°. les apprêts; 
st°. les mordons ; 5°. le garançage; 4 . ravi- 
vage. 



9 2 L'ART 

ARTICLE PREMIER. 

Des Apprêts dans la Teinture du Coton 

en rouge. 

Les apprêts se donnent au coton avec 
des liqueurs savonneuses : mais , pour le 
rendre plus perméable à ces liqueurs, on 
commence par le décruer. Sans cette opé- 
ration préalable, le coton s'imprègne dif- 
ficilement et très - inégalement , de ma- 
nière qu'on obtient des couleurs nuancées 
de plusieurs teintes. 

Le décrûment se donne au coton dans 
une lessive de soude qui marque environ 
deux degrés. On porte le bain à l'ébulli- 
tion, et on y plonge le coton, qu'on presse 
et foule dans la liqueur pour l'en bien 
imbiber. Le coton plonge d'abord diffi-? 
cilement ; il revient même à la surface à 
mesure qu'on l'enfonce dans le bain ; 
mais , dès qu'il est bien pénétré par la 
liqueur , il gagne le fond. On le laisse dans 
le bain qui est en ébullition , pendant 



DE LA TEINTURE. g3 

demi-heure. On lave le coton décrue et 
on le sèche. 

On emploie ordinairement pour le dé- 
crûment les soudes qui ont servi dans la 
préparation des apprêts; de cette manière, 
on les épuise de tout Talkali qu'elles peu- 
vent contenir. La lessive doit être très- 
claire; sans cela , le coton prend une teinte 
grisâtre qu'il perd difficilement. 

On se sert assez généralement d'une 
chaudière de garançage pour décruer le 
coton ; et on fait succéder cette opération 
à une opération de garançage, parce que, 
par ce moyen, il y a économie de com- 
bustible. 

Il est à observer que les cotons filés aux 
mécaniques ont moins besoin de décru- 
ment que les cotons filés à la main : la 
raison en est que les premiers ont déjà 
reçu un véritable décrûment dans la li- 
queur savonneuse par laquelle on les dis- 
pose à la filature. 

Dès que le coton décrue est sec , on le 
porte dans la salle aux apprêts. 



94 L'ART 

Le premier apprêt, qu'on nomme aussi 
la première huile , se prépare de la ma- 
nière suivante : 

En supposant toujours que chaque par- 
tie de coton est du poids de 200 livres 
(10 myriagrammes ) , le chef - ouvrier 
verse dans la jarre où se compose ce pre- 
mier apprêt, environ 3 00 livres ( i5 my- 
riagrammes) de lessive de soude très-claire , 
et marquant un à deux degrés au pèse- 
liqueur de Baume. (On doit s'être assuré 
d'avance que cette lessive se mêle bien à 
Fhuile.) Il mêle à cette lessive 20 livres 
( un myriag.) d'huile , et il agite avec soin 
le mélange pour opérer une bonne com- 
binaison. Il délaie ensuite avec un peu de 
lessive environ 2 5 livres (12 kilogram- 
mes j-) de la liqueur qui se trouve dans 
les premières poches de Festomac des ani- 
maux ruminans , il verse le tout dans la 
jarre qui contient la liqueur savonneuse, 
et remue avec beaucoup de soin pour 
opérer un mélange parfait. 

Dès que la jarre est montée , les ou- 



DE LA TE IN TU RE. 9 5 

vriers passent leur coton avec les précau- 
tions que nous avons indiquées au cha- 
pitre IV. 

On laisse le coton dans la salle aux 
apprêts jusqu'au lendemain. 

On le porte à Fétendage pour le faire 
sécher; et, lorsqu'il est sec, on le passe à 
une lessive de soude , marquant un degré 
et demi ou deux degrés au plus. 

Après l'avoir séché une seconde fois , 
on le passe à une autre lessive , marquant 
deux degrés. 

Il est à observer qu'on gradue successi- 
vement la force des lessives, en l'augmen- 
tant de demi-degré à chaque passe. 

Lorsqu'on a donné deux lessives au co- 
ton , immédiatement après la première 
huile , et séché le coton après chacune de 
ces trois opérations, on prépare un se- 
cond bain d'huile, en employant le même 
procédé que pour le premier , avec la 
seule différence qu'on supprime l'humeur 
gastrique dans celui-ci. Ainsi on compose 
cette liqueur savonneuse ou cette seconde 



ijb L'ART 

huile, en versant environ 5oo livres ( iâ 
inyriagrammes) de lessive à un degré sur 
le peu de résidu de la première huile qui 
peut rester dans la jarre , et en y mêlant 
16 livres (8 kilogrammes) de nouvelle 
huile. 

On passe le coton , avec le même soin , 
dans cette seconde huile. On le sèche : on 
lui donne successivement deux lessives 
un peu plus fortes que les deux de la pre- 
mière huile. Dès qu'on a donné ces deux 
huiles et les lessives qui leur succèdent , 
on dispose le coton à recevoir les mor- 
dans par un bon lavage. A cet effet , on 
plonge le coton dans une eau tranquille, 
et on Fy foule doucement avec les pieds 
nus jusqu'à ce qu'il ne s'élève plus à la 
surface. En cet état , l'ouvrier le soulève 
et le dépose sur les bords du bassin où se 
fait le lavage ; il le prend ensuite mâteau 
à mateau , et le plonge sous l'eau , où il 
l'agite pendant quelque temps. Il le re- 
porte encore sur les bords du bassin, et, 
lorsqu'il a opéré de cette manière sur 



DE LA TEINTURE. 97 

toute la partie, il recommence et réitère 
l'opération trois ou quatre fois avant de 
tordre le coton à la cheville. On termine 
cette opération par faire sécher le coton à 
l'étendage. 

Cette opération est extrêmement im- 
portante : le coton doit être convena- 
blement dépouillé sans être appauvri. 
Si le lavage n'entraîne pas tout ce qui 
n'est pas adhérent au tissu j on emploie 
ensuite , à pure perte et au détriment de 
la couleur , une grande partie des mor- 
dans, jDarce qu'ils se portent sur un corps 
qui , n'étant pas uni au coton, s'en échap- 
pera parles lavages; si le lavage est trop 
fort j on enlève une partie de l'apprêt qui 
adhère au tissu | et la couleur en devient 
ensuite maigre et sèche ; si le lavage est 
fait avec peu de soin , le coton est dépouillé 
d'unie manière inégale , ce qui rend la 
couleur nuancée. 

Le coton ainsi lavé et séché , est prêt 
a recevoir les mordaus. 



98 L'ART 

ARTICLE IL 

Des 3fordans dans la Teinture des 
Cotons en rouge. 

V appelle mordans , Talun et la noix 
de galle , sans lesquels le coton ne prend 
pas une teinture solide ni nourrie. 

I/engallage se donne avant Falunage. 

Pour engaller une partie de coton de 
2 oo livres (10 myriagrammes ) , on fait 
bouillir 20 livres (un myriagramme) de 
noix de galle en sorte concassée, dans 
environ 2 00 livres (10 myriagrammes) 
d'une infusion de 3o livres (i5 kilogram- 
mes) de sumach. Après demi-heure d'ébul- 
lition , on verse dans le bain 1 00 livres 
(5 myriagrammes) d'eau froide , on retire 
le feu du fourneau , et on passe le coton 
dans les terrines, comme pour les apprêts, 
du moment que Fouvrier peut supporter 
la chaleur du bain. 

Comme Fengallage est une des opéra- 
tions les plus importantes de la teinture. 



DE LA TEINTURE. 99 

il Faut avoir F attention , i°. de passer le 
coton à un bain d'engallage très-chaud , 
pour que le mordant pénètre par- tout 
également ; 2°. de le fouler avec soin pour 
que tout le coton soit bien imprégné ; 
3 D . de le tordre soigneusement; car, sans 
cela , les parties qui restent plus humides 
se foncent davantage, et la couleur en 
devient inégale; 4 . de n'engaller que lors- 
qu'on est assuré de pouvoir sécher dans 
le jour; 5°. de n'engaller qu'autant que 
le temps est serein, parce qu'il est constant 
que l'air brumeux ou pluvieux noircit 
le coton engallé. 

Le coton engallé sèche assez prompte- 
ment , et , dès qu'il est sec , on procède à 
l'alunage. 

Lorsqu'on veut aluner, on fait dissou- 
dre 2 5 livres (12 kilogrammes £) alun 
de Rome ou 3o livres ( i5 kilog. ) alun 
du Levant dans 3 00 livres (1 5 myriagram- 
mes) d'eau tiède ; et , dès que la chaleur 
est descendue à une température qui per- 
mette d'y plonger la main , on passe le 



10O L'ART 

coton avec le même soin que pour l'en- 
gallage. La couleur , d'un jaune sale et 
foncé qu'avoit donnée la noix de galle au 
coton i tourne au gris par l'opération de 
l'ai image. 

On sèche le coton aluné , et ensuite on 
le lave avec le plus grand soin pour en 
extraire toute la partie des apprêts ? et 
sur-tout des mordans qui ne se s'est pas 
combinée et qui n'adhère pas intimement 
au fil : à cet effet , on met le coton dans 
l'eau, et on le foule avec les pieds jusqu'à 
ce qu'il soit complètement imbibé ; on le 
laisse séjourner sous l'eau pendant une 
du deux heures : après quoi , on le porte 
sur le bord du bassin , d'où on le tire ma- 
teau à mateau pour mieux les laver sépa- 
rément : on trempe chaque mateau dans 
l'eau, et, aprèis l'y avoir agité quelque 
temps , on le tord légèrement , on l'agite 
dans l'air et on le fait tomber avec force , 
et à plusieurs reprises , sur une pierre 
plate préparée à cet usage sur les bords 
du bassin. On trempe de nouveau le ma- 



DE LA TEINTURE. ÎOI 

teau dans l'eau, et on répète cette ma- 
nœuvre sur le même coton , à six ou sept 
reprises différentes. On le tord ensuite à 
la cheville , et on le fait sécher. 

Cette opération , toute minutieuse 
qu'elle paroit , est néanmoins fondée en 
principe , et il suffit d'examiner le coton 
avant le lavage pour sentir combien il 
importe de lui donner une attention toute 
particulière : le coton sortant de l'alunage 
a changé de couleur , ce qui prouve qu'il 
s'est fait une combinaison entre le tannin 
de la noix de galle et l'alumine de l'alun ; 
mais tout l'alun n'a pas été décomposé, 
tous les principes de la noix^le galle n'ont 
pas été employés , et l'on peut appercevoir, 
avec un peu d'attention, un grand nom- 
bre de petits cristaux d'alun attachés au 
iil. Si donc on n'avoit pas l'attention de 
laver le coton avec un très-grand soin 
pour en enlever tout ce qui n'est pas en 
combinaison, ces matières s'empareroient 
augarançage d'une grande partie du prin- 
cipe colorant ; et les principes vraiment 



I02 L'ART 

combinés , et presque inhérens au coton > 
se 1 rouveroient privés d'une grande por- 
tion de la couleur. Il arriveroit alors ce 
qui s'observe lorsqu'on mêle de l'alun au 
garançage, le bain reste rouge, et le coton 
en est moins chargé de couleur , tandis 
que , lorsque les cotons sont bien lavés , 
et qu'ils ne contiennent plus que la por- 
tion de galle et d'alun qui leur est combi- 
née y le bain de garance est complètement 
décoloré par le coton. 

Il suffir oit, sans doute , d'un bon lavage 
pour extraire les principes qui appar- 
tiennent à la noix de galle ; mais l'alun 
qui s'est formé en cristaux dans le tissu 
du fil y se dissout difficilement à l'eau 
froide , et on ne peut séparer ces cristaux 
qu'en frappant fortement le coton sur une 
pierre après l'avoir bien mouillé. Dans 
quelques fabriques, on emploie une masse 
ou batte pour dégorger le coton , comme 
lorsqu'on blanchit le linge. 

Ce coton lavé et séché ne prendroit 
encore au garançage qu'une couleur mai- 



DE LA TEINTURE. ÎOD 

gre ; c'est pour cela qu'on lui donne une 
troisième huile, qu'on prépare avec i5 li- 
vres (7 kilogrammes -j) d'huile et une pre- 
mière lessive à un degré. 

Après cette troisième huile, on passe 
le coton à trois lessives, dont la plus faible 
marque deux degrés; la seconde trois, et 
la troisième quatre. 

Cette troisième huile et ces lessives sub- 
séquentes , se donnent avec les mêmes 
soins et par les mêmes procédés que les 
premières. 

On sèche le coton chaque fois. 

On lave ensuite le coton pour le tirer 
de l'huile. 

Après quoi , on engalle avec 1 5 livres 
( 7 kilogrammes ± ) de galle sans sumach. 

On alune avec 20 livres (10 kilogram- 
mes) d'alun de Rome. 

On lave avec le même soin que la pre- 
mière fois ; et le coton séché se trouve , 
en cet état, disposé à être garance. 

On pourroit donner la troisième huile 
immédiatement après les lessives de la 



104 L'A R T 

seconde, et alors on éviteroit deux lavages 
et le second engallage et alunage; mais, 
dans ce cas , il faut augmenter la dose de la 
galle et de l'alun. Et, au lieu de 20 livres 
(10 kilogrammes) de galle et de 3 o livres 
( 1 5 kilog. ) d'alun , on emploie en une 
seule fois 55 livres (17 kilogrammes ■§.) 
de noix de galle , et 5o livres (25 kilo- 
grammes) d'alun. 

Cette dernière méthode abrège l'opéra- 
tion de trois ou quatre jours , et donne de 
belles couleurs : néanmoins je préfère la 
première, parce que j'ai observé que les 
couleurs sont plus unies, plus vives et 
plus nourries. 

ARTICLE III. 

Du Garançage dans la Teinture du Coton 

en rouge. 

Nous avons décrit (chapitre iv) la ma- 
nière de disposer le coton qu'on veut ga- 
rancer; nous avons indiqué le moyen de le 
conduire ou de le manipuler dans la chau- 



DE LA TEINTURE. lo5 

dière; nous allons dire, en ce moment, 
comment on monte le bain de garance. 

On prend 2 livres à 2 livres et demie 
de bonne garance par chaque livre de coton : 
on mêle cette garance moulue avec du 
sang qu'on emploie dans la proportion 
de demi-livre par livre de coton ; le mé- 
lange se fait , à la main , dans un cuvier ; 
on délaie cette pâte dans l'eau de la chau- 
dière de garançage; et, dès que le bain est 
tiède, on y plonge le coton, qu'on y travaille 
pendant une heure sans porter à l'ébulli- 
tion, mais en élevant graduellement la 
chaleur. 

Du moment que le bain entre en ébul- 
iition , on met le coton en cordes , et on 
l'abandonne dans le bain , qu'on tient en 
ébullition pendant une heure. 

Le coton sortant de la chaudière de 
garançage , est porté au lavoir , où on le 
dégorge à grande eau avec le plus grand 
soin. 



J o6 L' A R T 

ARTICLE IV. 

De l ' Aviva ge dans la Teinture du Coton 

en rouge. 

Le coton sortant du garançage a une 
couleur si sombre , si obscure , qu'il est 
i mpossi ble de remployer dans cet état. Il est 
d'ailleurs chargé d'une portion de prin- 
cipe colorant qui n'adhère que foiblement 
à l'étoffe , et dont il importe de le débar- 
rasser. C'est par l'opération de l'avivage 
qu'on remplit ces fins. 

Pour aviver le coton , on se sert de 
chaudières de cuivre, dont l'orifice cir- 
culaire puisse recevoir un couvercle qui 
s'y adapte exactement : on les remplit , 
aux deux tiers, d'une lessive de soude 
marquant deux degrés ; on chauffe la les- 
sive y et on y fait dissoudre 20 livres (10 
kilogrammes) de savon blanc coupé en 
tranches très-minces; on agite le liquide 
pour faciliter la dissolution. 

Dès que l'ébullition commence à pa- 
roître, on y plonge le coton; on recouvre 



DE LA TEINTURE. 107 

l'orifice de la chaudière avec une grosse 
toile , et on assujétit le couvercle avec le 
plus grand soin ; on a même l'attention 
de le fixer à la chaudière par des crochets. 

Comme l'effort du liquide en ébulli- 
tion i détermineroit infailliblement une 
explosion , si on ne donnoit pas une légère 
issue aux vapeurs 5 on pratique une ou- 
verture de quelques lignes (d'environ un 
centimètre) au milieu du couvercle. 

L'ébullition continue pendant huit à 
douze heures, plus ou moins long-temps, 
selon que la lessive est plus ou moins forte, 
et la couleur du coton plus ou moins 
foncée. 

Lorsqu'on juge que le coton est suffi- 
samment avivé, on modère le feu ; et on 
retire un mateau de coton pour en exa- 
miner la couleur. Les teinturiers qui ont 
de l'expérience , jugent à merveille du 
ton de la couleur , en exprimant un éche- 
veau ; niais il est plus sûr de laver le 
mateau. Si l'on trouve le coton suffisam- 
ment avivé , on fait couler de l'eau froide 



lo8 L'A R T 

dans le bain, pour le refroidir; dans le 

cas contraire, on continue l'opération de 

Pavivage. 

On lave le coton au sortir de Favivage , 
et déjà on pourroit, après l'avoir séché, 
le mettre dans le commerce. Mais, si Ton 
désire donner à la couleur tout l'éclat 
dont elle est susceptible , il faut faire subir 
encore au coton deux opérations; et, dans 
ce cas, il faut donner le premier avivage 
dont nous venons de parler , avec la les- 
sive de soude sans savon , ou simplement 
avec 1 o livres ( 5 kilogrammes ) au lieu 
de 20. 

La première des opérations qu'on donne 
au coton après ce premier avivage , con- 
siste à l'aviver une seconde fois dans un 
bain d'eau foiblement aiguisée par une 
petite quantité de lessive, et dans laquelle 
on fait fondre 25 livres (3 2 kilogrammes ±) 
de savon. L'ébullition dure quatre à six 
heures , selon que la couleur est plus ou 
moins chargée. 

Après ce second avivage , on lave le 



DE LA TEINTURE, 109 

coton , on le fait sécher et on le passe à 
la main , avec le plus grand soin , dans 
la composition suivante : 

Je prends l'acide nitrique pur , à 3 2 
degrés au pèse -liqueur de Baume, j'y 
fais dissoudre à froid une once ( environ 
trois décagrammes ) de sel ammoniaque 
raffiné par livre d'acide : la dissolution 
se fait peu à peu ; et , lorsqu'elle est ter- 
minée , je mets , dans le bain J de l'étain 
en baguette, dans la proportion d'un sei- 
zième du poids de l'acide : la dissolution 
se fait aisément. J'ajoute de l'étain jusqu'à 
ce que la dissolution soit opale. 

Je verse i5 livres (7 kilogrammes -j) 
de cette composition , sur environ 200 
livres (10 myriag.) d'eau tiède , dans la- 
quelle j'ai dissous 6 livres ( 3 kilogram- 
mes ) d'alun de Rome ; le mélange se 
trouble > devient blanc, et c'est dans cette 
liqueur que je passe mes cotons séchés, 
avec les mêmes précautions que lorsque 
je les passe aux apprêts ou aux mordans. 
On doit délayer la composition avec plus 



HO L'ART 

ou moins d'eau , selon que la couleur du 

coton est plus ou moins foncée. 

On lave les cotons à une eau vive et 
courante, on les sèche, et toutes les opé- 
rations de teinture sont terminées. 

On peut donner aux fils de lin et de 
chanvre , une couleur presqu'aussi bril- 
lante qu'au coton , mais elle est moins 
nourrie; et il faut un plus grand nombre 
d'opérations, et répéter plusieurs fois l'ac- 
tion des apprêts et des mordans pour lui 
donner de l'intensité. Il faut même em- 
ployer des lessives très-fortes ; sans quoi > 
les apprêts et les mordans ne pénètrent 
point. 

Le fil de lin prend plus aisément la cou- 
leur que celui de chanvre. 

Lorsqu'on décrue le fil de lin ou de 
chanvre pour le disposer à la teinture , 
il faut avoir l'attention de passer des bâ- 
tons dans les écheveaux : sans cette pré- 
caution , les fils se rident , se mêlent et se 
brouillent , à tel point qu'il est ensuite im - 
posgible de dévider les écheveaux. 



DE LA TEINTURE. 111 

Il n'est peut-être pas inutile d'observer 
encore qu'on peut teindre les étoffes ou 
tissus de coton par le même procédé que 
nous venons de décrire : on n'a à craindre 
que d'obtenir des couleurs mal unies ; 
mais l'on parvient à éviter cet inconvé- 
nient en travaillant avec soin l'étoffe, tant 
dans les apprêts, que dans les mordans et 
le garançage. 

CHAPITRE VI. 

Des Modifications quon peut apporter 
aux pincèdès de la Teinture du Coton 
en rouge. 

Je viens d'indiquer ce que je connois 
de mieux pour obtenir une bel le couleur; 
j'ai décrit le procédé qui m'a le mieux 
réussi, et d'après lequel j'ai fabriqué pen- 
dant trois ans le plus beau rouge qui fût 
dans le commerce. 

A présent, je crois devoir entrer dans 
quelques détails pour faire connoître les 
modifications qu'on peut apporter à ce 



I 1 2 L ? A R T 

procédé , tant sous le rapport de l'écono- 
mie, que sous le rapport des variétés de 
couleur qu'on peut se procurer à vo- 
lonté. 

Je ne dirai rien, .que je n'aie pratiqué 
ou essayé assez en grand pour pouvoir en 
constater les résultats. 

ARTICLE PREMIER. 

Des Modifications quon -peut apporter 
aux Apprêts. 

Il y a des ateliers où Ton n'est pas dans 
l'usage de décruer le coton ; mais alors le co- 
ton se pénètre plus difficilement et plus iné- 
galement des premières huiles, et la couleur 
qu'il prend ensuite n'est ni aussi unie, ni 
aussi nourrie que lorsque les travaux de la 
teinture ont été préparés par le décrûment.. 
Nous avons eu occasion d'observer déjà 
que le coton filé par les mécaniques \ avoit 
subi une première lessive qui rendoit 
l'opération du décrûment moins néces- 
saire que pour le coton filé à la main. 



Bfî LA TEINTURE. Il5 

L'art de préparer les lessives varie dans 
chaque pays, souvent dans chaque ate- 
lier : dans le Midi et au Levant \ on les 
prépare dans d'immenses jarres qu'on en- 
fonce dans la terre jusqu'au col , en leur 
donnant une légère inclinaison pour faci- 
liter les moyens de puiser et de remuer 
les soudes qui y sont contenues. On agite 
plus ou moins souvent , selon le degré de 
force qu'on veut donner à la lessive; on 
ajoute de la soude à trois reprises : on en 
emploie près de ioo livres (5 myriagram- 
mes) pour une partie de coton. La pre- 
mière lessive se fait avec 5o livres (1 5 kilo- 
grammes); on en ajoute encore 5o pour 
former la première lessive de la seconde 
huile , et 40 pour former la première 
lessive de la troisième. 

Cette méthode demande une grande 
habitude de la part du chef- ouvrier ; 
car, s'il n'emploie les plus grands soins 
pour préparer les lessives qui convien- 
nent aux différentes opérations, le tra- 
vail de la teinture se fait sans règle, sans 

8 



114 L'ART 

suite et sans méthode ; et, comme la 
dissolution dépend non - seulement du 
mouvement qu'on imprime à la soude, 
mais encore du degré de division dans le- 
quel se trouve la soude , de la nature et 
de Fancienneté de cet alkali , de l'exposi- 
tion des jarres, de la température de l'air, 
du temps que la soude séjourne dans les 
jarres , de la quantité d'eau qu'on a em- 
ployée, etc. il est difficile que l'intelligence 
la mieux appliquée , ni la main la mieux 
exercée, puissent fournir des lessives bien 
graduées. Quoique j'aie employé cette 
méthode pendant quelque temps, je pré- 
fère l'usage où l'on est dans quelques ate- 
liers de lessiver les soudes par les procédés 
ordinaires, et de porter, chaque fois, la 
lessive au degré qu'on désire. 

Il n'y a rien de constant ni d'uniforme 
sur la quantité d'huile qu'on consomme 
pour les apprêts : j'en ai vu employer jus- 
qu'à 100 livres ( 5 myriagrammes ) par 
partie de coton ; mais , lorsqu'on l'emploie 
dans une proportion aussi forte , le coton 



DE LA TEINTURE. Il5 

reste graisseux et très-pesant : on peut en 
exprimer l'huile par la seule pression, et 
tous les papiers dans lesquels on l'enve- 
loppe en restent imprégnés. 

On varie beaucoup également sur la 
force des lessives : j'ai connu des teintu- 
riers qui en employ oient de si fortes , que la 
peau des mains des ouvriers en étoit altérée. 
J'ai vu des lessives portées à 1 2 degrés ; 
mais je me suis convaincu que ces fortes 
lessives n'étoient pas profitables , et même 
que la couleur n'avoit plus le moelleux ni 
le velouté qu'on peut donner en employant 
des lessives moins fortes. 

Pour bien juger de la force qu'il con- 
vient de donner aux lessives , il suffit de 
se rappeler que les lessives n'ont d'autre 
but que de délayer l'huile ., afin de la por- 
ter plus facilement dans le tissu > et que , 
par conséquent , des eaux de lessive , de- 
puis un jusqu'à quatre degrés, sont plus 
que suffisantes. 

On peut encore juger aisément de la 
quantité d'huile qu'il faut employer , en 



Il6 L'ART 

considérant que l'huile n'a d'effet qu'au- 
tant qu'elle se combine avec le tannin de la 
noix de galle et la terre de l'alun , et que 
les proportions dans lesquelles chacun de 
ces trois corps entre dans cette combi- 
naison , sont déterminées invariablement 
par les loix constantes des affinités. 

Il ne suffit donc pas d'employer beau- 
coup d'huile ,, beaucoup d'alun et beau- 
coup de noix de galle pour former de 
belles couleurs : les proportions de ces 
ingrédiens sont déterminées. Ainsi , si l'on 
emploie trop d'huile , l'excédent reste dans 
le coton , et se perd en grande partie dans 
l'avivage. Si on emploie trop d'alun , il 
cristallise sur les fils eux-mêmes, et s'en 
détache par un lavage fait avec soin ; si on 
emploie trop de noix de galle, elle est en- 
traînée par les eaux dans les divers la- 
vages. 

On doit observer néanmoins , que , lors- 
que les cotons sont préparés pour des fa- 
briques dont les tissus restent long-temps 
exposés sur le pré, comme ceux du Béarn ^ 



DE LA TEINTURE 117 

il est moins dangereux de les nourrir d'une 
plus grande quantité d'huile. Sans cela , la 
couleur s'appauvriroit par Faction dévo- 
rante de Fair , de Feau et des lessives. 

Comme le coton peut prendre jusqu'à 
3o pour 100 de poids par les ingrédiens de 
la teinture, les teinturiers qui spéculent 
sur la vente , lui donnent le plus d'huije 
possible : mais , ici 9 Fintérêt du consom- 
mateur se trouve lésé, et il est bien re- 
connu que le coton qui acquiert plus de 
8 à 10 pour 100 de son poids primitif, 
est trop chargé. 

J'ai essayé de remplacer la soude par 
la potasse pour former les lessives; et je 
Fai employée à deux degrés pour la com- 
biner avec l'huile. Le résultat en a été 
avantageux ; la couleur du coton est sortie 
nourrie, brillante et sur-tout très-unie. 
La nuance vineuse que prend le coton au 
garançage , disparoît par Favivage et la 
composition. 

Le coton préparé par la potasse , con- 
serve un moelleux que n'a pas celui qui 



1 1 8 L' A R T 

est préparé par la soude, L'augmentation 
du poids en est plus forte. 

ARTICLE II. 

Des Modifications quon peut apporter 
aux JMordans. 

La noix de galle donne du corps aux 
couleurs; l'alun les éclaircit et les rend plus 
brillantes: on voit, d'après cela, ce que 
l'on doit attendre des différentes propor- 
tions dans lesquelles on peut employer ces 
deux mordans. 

Comme la noix de galle est d'un prix 
assez élevé dans le commerce , j'ai voulu 
la remplacer en entier par le sumach. 
Mais , quelles qu'aient été les proportions 
dans lesquelles je l'ai employé , je n'ai 
obtenu que des couleurs pâles , peu nour- 
ries, et je regarde jusqu'ici comme impos- 
sible de trouver un astringent qu'on puisse 
substituer à la noix de galle. Ce mélange 
d'acide gallique et de tannin qui forme la 
noix de galle doit , peut-être , dans ce cas- 



DE LA TEINTURE. H9 

ci y une partie de ses effets au principe ani- 
mal dont il est pénétré. 

La bousseirolle, le redou^ l'écorce d'aulne 
et celle de chêne ne peuvent pas , à leur 
tour , remplacer le sumach , qui , après la 
galle , est celui de tous les astringens qui 
produit le plus d'effet. 

L'engallage peut se donner au coton 
dans une chaudière , comme le garan- 
çage : par ce moyen > le coton peut se 
pénétrer plus également du mordant; 
mais ce procédé devient plus dispendieux, 
par la grande quantité de noix de galle 
qu'il faut employer pour donner au bain 
une force suffisante. 

On peut encore engaller dans une sim- 
ple infusion de noix de galle; mais la cou- 
leur en est plus pâle. 

J'ai vu des teinturiers qui engalloient , 
une seconde fois , après avoir séché le pre- 
mier engallage : mais je me suis convaincu 
que c'est du temps perdu; car la même 
quantité de noix de galle employée en 



120 L'ART 

deux fois y ne donne pas plus de corps que 
lorsqu'on l'emploie en une seule. 

J'ai substitué avec avantage l'acétate 
d'alumine à l'alun ; et je forme mon acé- 
tate, en jetant dans le bain d'alun de 
l'acétate de plomb (sel de saturne) , dans 
la proportion du quart de l'alun employé : 
la liqueur blanchit dans le moment ; il se 
forme bientôt un dépôt; la liqueur s'éclair- 
cit, et c'est alors qu'on emploie la liqueur 
surnageant le dépôt , pour passer le coton 
dans les terrines* 

J'ai constamment observé que le mor- 
dant d'acétate d'alumine rendoit la cou- 
leur plus vive et plus solide, en même 
temps que plus moelleuse. 

Le nitrate d'alumine ne m'a présenté 
aucun avantage. 

Le pyrolignite d'alumine bien purifié , 
peut être employé pour les violets. 

Mais aucun de ces sels ne m'a paru 
comparable à l'acétate d'alumine* 



DE LA TEINTURE. 1^1 

ARTICLE III. 

£)es Modifications quon peut apporter 
au Garançage. 

Lorsque la teinture des cotons a été 
portée en France , on garançoit deux fois 
le même coton , et à des temps différent : 
ce procédé est encore suivi dans beaucoup 
d'ateliers de teinture. 

Le premier garançage se donne après 
les lessives de la seconde huile , Tengal- 
lage et Talunage; on emploie une livre et 
demie de garance par livre de coton , et on 
avive par une simple lessive de soude à 
deux degrés. 

Après avoir lavé et séché le coton sor- 
tant de Tavivage , on lui donne une troi- 
sième huile qui est suivie de trois ou qua- 
tre lessives; on engalle et alune de nou- 
veau , pour garancer une seconde fois 
avec poids égal de garance. L'avivage se 
fait, cette fois-ci, avec la soude et le 
savon. 

Les cotons préparés par cette méthode 



122 L'ART 

sont très-beaux ; mais Fopération en est 
longue et coûteuse. Cependant j 'ai vu des 
temturiers qui passoient au garançage et 
aux avivages jusqu'à trois fois, en interca- 
lant les opérations convenables pour passer 
aux huiles et aux mordans : les couleurs 
en étoient belles, riches et brillantes; le 
coton prenoit un poids considérable , ce 
qui indemnisoit le teinturier du temps et 
des drogues qu'il avoit employés; mais 
j'avoue que, lorsque les matières tincto- 
riales sont distribuées avec discernement, 
on n'a pas besoin de recourir à ces pro- 
cédés longs et compliqués pour avoir du 
beau rouge. 

Il m'est arrivé très-souvent de donner 
deux huiles de suite , et sans autre opé- 
ration intermédiaire que celle de sécher; 
j'alunois et engallois ensuite après quatre 
lessives; mais on ne peut confier ce travail 
qu'à des ouvriers très-habiles , parce qu'on 
a à craindre que la couleur ne soit pas unie. 

La proportion de garance varie beau- 
coup : les uns emploient deux livres par 



DE LA TEINTURE. 1^5 

livre de coton; d'autres en emploient trois. 
Il est difficile d'établir de justes propor- 
tions à ce sujet, parce que la quantité de 
garance doit être telle qu'elle sature le 
mordant qu'on a porté sur le coton, ce 
qui varie à l'infini. 

On reconnoît que la garance est em- 
ployée en excès, lorsque , après une ébul- 
lition prolongée , le bain reste toujours 
coloré en rouge; on peut connoître la quan- 
tité de garance qui est nécessaire , en en 
ajoutant jusqu'à ce que le coton refuse 
de s^en charger. 

Comme l'eau ne peut tenir en disso- 
lution qu'une assez foible quantité du 
principe colorant de la garance , il faut 
employer de grandes chaudières. Dans 
l'opération du garançage, on peut considé- 
rer l'eau comme un fluide qui sert d'in- 
termède entre le coton et le principe co- 
lorant : à mesure qu'elle se charge de cou- 
leur , elle la transmet au coton. 



124 PART 

ARTICLE IV. 

Des Modifications quon peut apporter 
à V Avivage. 

Au lieu de mettre , dans l'avivage , les 
cotons lavés et encore mouillés pour les 
y faire bouillir, pendant quelques heures, 
avec une dissolution de soude et de savon , 
quelques teinturiers sèchent les cotons , 
les passent à une lessive très-forte , et les 
jettent humides dans Feau de la chaudière 
d'avivage, où ils ont fait dissoudre 20 à 
3o livres (un myriagramme à un myria- 
gramme et demi) de savon. J'ai vu mar- 
quer, jusqu'à 10 et 12 degrés, la lessive 
de soude, dans laquelle on passe ces co- 
tons. 

Ce procédé , bien loin de présenter 
quelque avantage , m'a paru avoir des in- 
convéniens : i°. le temps qu'on consume 
à sécher le coton , est un temps perdu ; 
2°. la forte lessive dans laquelle on passe 
les cotons, attaque les mains des ouvriers; 



DE LA TEINTURE. 125 

3°. la couleur est presque toujours vi- 
neuse. 

La quantité de savon employée pour 
Tavivage varie encore dans chaque ate- 
lier. Je Fai vu employer dans la propor- 
tion du quart du poids du coton qu'on 
avive , et j'ai même acquis la preuve qu'on 
le pouvoit sans danger, sur-tout lorsque les 
cotons sont bien nourris de couleur. Mais , 
dans ce cas, il faut faire bouillir fortement 
pendant une ou deux heures., et surveil- 
ler l'opération avec assez de soin pour que 
la couleur n'en soit pas appauvrie. 

ARTICLE V. 

Des Modifications qu'o7i peut apporter 
à la Composition dCEtain. 

Rien de plus varié que la manière de 
former la composition qu'on emploie 
pour donner au coton son dernier lustre : 

Les uns se servent de l'acide nitro-mu- 
ria tique (eau-forte des teinturiers) pour 



1^6 L'ART 

y dissoudre le huitième de son poids 
d'étain pur. 

D'autres opèrent avec Facide pur qu'ils 
mêlent avec du sel marin pour lui donner 
la propriété de dissoudre rétain. 

Quelques-uns délaient Facide dans Feau 
pure, et y font dissoudre Fétain réduit 
en copeaux. 

Tous versent cette composition sur une 
dissolution d'alun , mais ils l'emploient à 
différentes doses. 

On varie encore dans la manière de se 
servir de cette composition : au lieu de 
passer le coton dans les terrines , on verse 
quelquefois la composition dans une chau- 
dière pleine d'eau tiède , et dans laquelle 
on a dissous 6 à 8 livres ( 3 à 4 kilogram- 
mes) d'alun; on plonge le coton humide 
dans le bain ; on l'y foule avec soin pen- 
dant quelques minutes , et jusqu'à ce qu'on 
se soit apperçu que la couleur est bien 
avivée. 

On fait servir encore , depuis quelques 
années , le sel d'étain pour ravivage des 



DE LA TEINTURE. 127 

cotons : mais je n'ai pas été dans le cas 
d'en constater les effets, et de comparer 
les résultats de son action avec ceux des 
compositions dont je viens de parler. 

En général , les liqueurs acides avivent 
le rouge de garance : le sel d'oseille pro- 
duit un bon effet , de même que tous les 
acides végétaux; mais les acides mûri a- 
tique et sulfurique rendent la couleur 
vineuse , et le muriatique oxigéné la dé- 
vore. 

CHAPITRE VIL 

De la Manière de produire quelques 
Nuances de Rouge connues dans le 
commerce. 

Il ne peut pas être question dans ce 
chapitre de quelques nuances de couleur, 
qu'on obtient par quelques différences 
qu'on apporte dans les proportions des 
matières. Il s'agit des nuances de rouge , 
qui sont le résultat constant et assuré des 
combinaisons de l'artiste , et qui forment 



/ 



1^8 L'UT 

des modifications du rouge, sans être pour 
cela des combinaisons nouvelles, 

ARTICLE PREMIER. 

Du Rouge des Indes. 

Cette couleur terne , sombre , est en- 
core connue sous le nom de rouge brûlé. 
Quoiqu'elle n'ait pas beaucoup d'éclat , 
elle est très- recherchée , parce qu'elle se 
marie parfaitement avec toutes les autres 
couleurs , et qu'elle imite le rouge qui se 
trouve sur les mouchoirs de coton appor- 
tés des Indes. 

Chaque atelier a son secret pour faire 
cette couleur : je donnerai le mien, sans 
croire pourtant qu'il soit le meilleur de 
tous ceux qu'on peut employer ailleurs. 

Je décrue le coton à l'ordinaire ^ et le 
fais bouillir ensuite pendant demi-heure 
dans l'eau de chaux. 

Après cette première opération, je lui 
donne une huile forte , et successivement 
trois lessives. 



De la teinture, tig 

je le tire de l'huile et le passe au mor- 
dant suivant : dans une dissolution tiède 
de 25 livres (12 kilogrammes \) d'alun , 
je mets 8 livres (4 kilogrammes) d'acétate 
de plomb , une livre ( demi-kilogramme ) 
de soude, et 8 onces (2 hectogrammes \) 
de sel ammoniaque. 

On garance avec une livre et demie de 
garance par livre de coton , et on avive 
avec soude et savon. 

Si la couleur est maigre , on donne une 
seconde huile et trois lessives , on passe 
au même mordant, et on garance en em- 
ployant la garance à poids égal. 

J'ai encore obtenu un beau rouge brûlé, 
en suivant rigoureusement le procédé que 
j'ai décrit pour la teinture en rouge; mais 
au lieu d'employer la lessive pure de 
soude, je faisois la lessive par l'eau de 
chaux. 

Lorsqu'on emploie les lessives très- 
fortes, on obtient un rouge très-analogue 
à celui-ci, avec la seule différence qu'il est 
plus vineux. 

9 



l5o L'ART 

ARTICLE IL 
De la Couleur Rose. 

Rien de plus aisé que d'obtenir une 
couleur rose qui ne soit pas solide, et 
rien de plus difficile que de former du 
rose bien uni et qui soit aussi solide que 
le rouge. 

Je ne parlerai pas des procédés qui 
donnent le premier : il n'entre pas dans 
mon plan de traiter des couleurs qui ne 
peuvent pas résister aux plus fortes les- 
sives. Je ne décrirai donc que les procédés 
suivans : 

i°. Si on garance le coton préparé pour 
un beau rouge , dans un bain où Ton ait 
dissous quelques livres de savon > le coton 
en sort plus maigre et d'un rose sale > 
qu'on peut aviver en le passant à la com- 
position d'étain ( Voyez article iv , cha- 
pitre v), immédiatement après l'avoir fait 
bouillir dans un bain composé avec 80 
livres ( 4 myriag. ) de savon par 200 livres 
(10 myriagrammes) de coton. 



« DE LA TEINTURE. Ibl 

2°. En employant peu de noix de galle 
et beaucoup de sumach pour former le 
premier mordant du coton , passant en- 
suite deux fois dans l'acétate d'alumine , 
avivant , après le garançage , avec le seul 
savon employé à haute dose \ j'ai obtenu 
des couleurs roses superbes. 

3°. Si on prend le coton teint en bleu 
de ciel par l'indigo , et qu'on le traite 
comme par le procédé du rouge d'Andri- 
nople , le bleu qui résiste aux huiles , aux 
lessives froides, à l'engallage et à l'alu- 
nage , devient violet au garançage , et 
prend à Favivage une couleur rose que 
j'ai obtenue quelquefois, mais pas constam- 
ment, d'une très-grande beauté. 

En général , pour disposer le coton à 
la couleur rose , il faut employer peu 
d'huile , multiplier les lessives sans les 
rendre fortes, purger bien le coton au 
lavage des huiles , engaller avec peu de 
galle et beaucoup de sumach , aluner dans 
un bain de 40 livres ( 2 myriagrammes ) 
d'alun , décomposé par un quart d'acétate 



l5â L>ART 

d'alumine , garancer dans un bain , dans 
lequel on délaie un peu d'oxide d'étain 
formé parla décomposition de l'acide nitri- 
que sur ce métal , aviver avec beaucoup de 
savon y et passer le coton à une composi- 
tion d'étain qui marque au moins quatre 
degrés. 

ARTICLE III. 
De FÉcarlate. 

Lorsqu'on a le projet de donner au 
coton assez de brillant pour le rapprocher 
de la plus belle des couleurs , Fécarlate , 
il faut avoir Fattention de ne pas charger 
les cotons d'huile , et de n'employer que 
des lessives foibles et nombreuses ; il faut 
augmenter la dose de l'alun , ne se servir 
que de la meilleure garance, et aviver 
avec beaucoup de savon. 

Mais je suis parvenu à imiter Fécarlate 
en prenant des cotons y riches d'une belle 
couleur, très-unie , et les passant à la com- 
position suivante : 



DE LA TEINTURE. l33 

On prend de l'acide nitrique à 35 de- 
grés , qu'on affoiblit en y mêlant trois 
parties d'eau sur deux d'acide, on y fait dis- 
soudre des copeaux d'étain jusqu'à ce que 
la liqueur devienne opale. 

On emploie ensuite cette liqueur , mar- 
quant depuis 8 jusqu'à i5 degrés au pèse- 
liqueur, selon la nuance qu'on désire don- 
ner à la couleur ; on passe les cotons avec 
soin , on les laisse pendant quelque temps 
sur la table avant de les laver. Mais lorsque 
la composition marque plus de 12 degrés, 
il convient de laver le coton , quelques 
minutes après qu'on l'a passé. 

La composition se fait dans une jarre, 
et le coton se passe dans les terrines : le 
métal seroit attaqué à ce degré de force. 

J'ai fait passer des cotons dans la com- 
position marquant 20 degrés : le coton 
n'en est pas altéré, pourvu qu'on ne tarde 
pas à le laver. 

La couleur que prennent les cotons 
rouges , lorsqu'on les passe dans cette 
composition à 1 5 ou 1 6 degrés y se change 



l34 L'ART 

en un rouge orangé très-agréable et imi- 
tant Fécarlate. 

CHAPITRE VIII. 

Du Rouge de garance obtenu par d'autres 
procédés plus économiques. 

Je suis convaincu que pour avoir un 
beau rouge bien solide , on ne peut guère 
s'écarter des méthodes que nous avons 
décrites ; du moins jusqu'à ce jour toutes 
les recherches ont été infructueuses, mais 
il est possible d'apporter des modifica- 
tions heureuses, en diminuant la dépense, 
en abrégeant les opérations, en suppri- 
mant ou remplaçant quelques-uns des 
ingrédiens; et c'est ce dont nous allons 
nous occuper dans ce moment 

Lorsque , par exemple , les colons ne 
sont pas destinés à recevoir l'action des les- 
sives fortes , on peut les teindre en une assez 
bellç couleur par le procédé suivant : 

On décrue le coton, après quoi on le 



DE LA TEINTURE. l35 

passe au mordant, qu'on compose comme 
il suit : dans une dissolution de 5o livres 
(un myriagramme et demi) d'alun, on 
verse 8 livres (4 kilog.) d'acétate d^alumine, 
on y ajoute ensuite 4 livres ( 2 kilogram- 
mes ) de soude en poudre , et 2 livres 
(un kilogramme) de sel ammoniaque. 

On sèche le coton , on le lave et on le 
garance avec une livre et demie de garance 
par livre de coton. 

La couleur qu'on obtient par ce pro- 
cédé est assez nourrie , assez brillante , 
assez égale pour pouvoir être employée; 
mais on ne peut pas la classer parmi les 
couleurs solides de garance , parce que 
les fortes lessives l'altèrent , et qu'elle ne 
résisteroit pas à l'avivage. 

Je me suis servi avec avantage d'un 
mordant , à l'aide duquel je donne au co- 
ton une couleur très-solide sans être bril- 
lante , mais susceptible d'être employée 
dans beaucoup de cas : je fais dissoudre 
à froid, dans l'acide acétique, de la chaux 
éteinte à l'air ? - lorsque l'acide en paroît 



■ I 

•'I 



l36 L>ART 

saturé , je ramène la dissolution à 2 degrés 
par une addition convenable d'eau. 

Je mêle alors cette dissolution d'acétate 
de chaux avec parties égales d'acétate 
d'alumine, préparé par 40 livres ( 2 my- 
riagrammes) d'alun dissous dans 240 li- 
vres (1 % myriagrammes) d'eau, et 10 livres 
(5 kilogrammes) de sel de saturne. 

Je décante la liqueur qui suïliage le 
dépôt, et la fais tiédir pour y passer le 
coton qu'on a décrue avec soin. 

Le mordant se trouble lorsqu'on y tra- 
vaille le coton. Il reste clair à une cha- 
leur quelconque. 

On sèche , on lave , on sèche encore et 
on garance dans un bain d'une livre et de- 
mie de garance par livre de coton. 

On avive avec la lessive de soude et le 
savon. 

On réavive au savon seul , et puis on 
passe à la composition d'étain. 

En variant les proportions de l'acétate 
de chaux, on peut varier les nuances de 



DE LA TEINTURE. l37 

la couleur : moins on en met, plus la cou- 
leur est brillante. 

Si, au lieu d'employer le coton sor- 
tant du décrûment, on passe dans ce mor- 
dant le coton sortant des huiles , on ob- 
tient une couleur très-foncée et très-so- 
lide :1a couleur estmêmebrillante et belle, 
si , avant d'appliquer ce mordant , on 
donne au coton une huile et trois les- 
sives. 

CHAPITRE IX. 

Du Mélange du Rouge de garance avec 
le Bleu pour former le Violet et toutes 
ses nuances. 

La couleur de garance , telle que nous 
l'avons fait connoître , est tellement so- 
lide , qu'on ne peut lui allier que le bleu 
pour avoir une couleur composée qu'on 
puisse regarder comme couleur de bon 
teint, à l'épreuve de l'avivage et des plus 
fortes lessives* 



l38 t'ART 

Ce mélange du rouge et du bleu forme 
le violet, et comprend toutes les nuances 
depuis le lilas jusqu'au violet le plus 
foncé. 

Long-temps on a obtenu les violets , en 
passant les cotons rouges dans la cuve au 
bleu d'indigo. On peut même , par ce 
moyen , se procurer une couleur vive et 
agréable , en employant la nuance de 
rouge qui convient : j'ai acquis la preuve 
que, pour arriver à un bon résultat, il 
faut des cotons peu chargés d'huile et de 
galle , et fortement avivés ; les couleurs 
maigres réussissent mieux que celles qui 
ont beaucoup de corps. 

Mais cette couleur par l'indigo , quoi- 
que belle , n'est pas estimée ; et l'on pré- 
fère le violet qu'on fait dans les fabriques 
avec les préparations de fer et la garance. 

Le violet fait avec les oxides de fer, 
est la couleur la plus difficile à obtenir, 
sur-tout lorsqu'on la veut bien unie, et 
d'une nuance convenue et constante : elle 
forme le désespoir du teinturier le plus; 



DE LA TEINTURE. l3g 

exercé i et il en est bien peu qui puissent 
prédire et annoncer d' avance quelle sera 
la nuance qui sortira de ravivage. Cette 
difficulté dépend des modifications infi- 
nies dont l'oxide de fer est susceptible 5 
de la manière dont s'est faite la dessicca- 
tion du coton passé au fer, du soin qu'on 
a apporté à le travailler, etc. 

Il n'est pas d'objet sur lequel j'aie plus 
réfléchi et autant travaillé. Je vais rappor- 
ter ici les résultats plutôt que les détails 
de mes nombreuses expériences, en écar- 
tant avec soin tout ce qui ne mérite plus 
d'occuper une place dans l'histoire des 
progrès de la teinture. 

Ici , comme dans le chapitre où j'ai 
traité de la couleur rouge, je commence- 
rai par faire connoître le procédé que j'ai 
pratiqué avec le plus de succès. Après cela , 
je m'occuperai des modifications qu'on 
peut y apporter pour varier les nuances , 
et je terminerai par indiquer les résultats 
de quelques expériences qui pourront 



1 4feO L'ART 

éclairer cette partie si délicate de l'art de 

la teinture. 

Pour obtenir un beau violet, on com- 
mence par décruer le coton et le passer 
successivement à trois huiles et à des les- 
sives, comme pour le rouge ordinaire. 

Dès qu'on Fa tiré de Fhuile et séché, 
on lui donne le mordant suivant : 

Dans une chaudière ronde, dans la- 
quelle on fait tiédir environ 3oo livres 
(i5 my diagrammes) d'eau (en supposant 
toujours qu'on opère sur une partie de co- 
ton de 200 livres), on met à dissoudre 
5o livres (a5 kilogrammes) de sulfate de 
fer ( couperose verte). Dès que la disso- 
lution de la couperose est opérée, on y 
verse 12 livres (6 kilogrammes) d'acétate 
de plomb ou sel de saturne. On laisse re- 
poser la liqueur, et on s'en sert, lors- 
qu'elle est bien limpide et très «chaude, 
pour passer les cotons. On a l'attention de 
ne prendre, de chaque main, que demi- 
livre de coton , et de le travailler dans la 
terrine avec plus de soin et plus long- 



DE LA TEINTURE. 141 

temps que lorsqu'on opère pour une cou- 
leur rouge. 

Le coton change de couleur entre les 
mains de l'ouvrier : il devient chamois- 
nankin très-agréable. 

On ouvre le coton sur la table , on l'y 
laisse reposer un instant; après quoi , on le 
lave avec le plus grand soin dans une eau 
courante. Le seul contac t de l'air, lorsqu'on 
le passe dans les terrines , et sur-tout lors- 
qu'on Y ouvre ou frise sur la table , le co- 
lore en un nankin foncé très-solide. C'est 
pour cela qu'il importe de l'agiter , de 
l'éventer pour que Fair le frappe sur tous 
les points , et qu'il se colore également 
par-tout, avant qu'on le lave. 

On lave le coton sans le faire sécher. 

Lorsque le coton est bien lavé et tordu, 
on le passe en cordes pour le garancer, 
sans le faire sécher préalablement. 

Le bain de garance se compose comme 
à l'ordinaire; mais on n'emploie d'abord 
que parties égales de garance. 

Dès que le coton plonge dans le bain > 



142 L'ART 

celui-ci se colore en noir : on y travaille 
le coton , en augmentant peu à peu la 
chaleur : et , lorsque le bain entre en ébul- 
lition , on en retire le coton et on le lave 
avec soin. Il est alors de couleur cannelle. 

Pendant le temps qu'on lave le coton, 
on monte un second bain de garance, 
dans la proportion d'une livre et demie de 
garance par livre de coton. 

On porte le coton dans le bain dès qu'il 
est tiède , on l'y travaille avec soin , et on 
l'y fait bouillir pendant 2 5 minutes. 

Après le garançage, le coton est noi- 
râtre; on le lave bien encore, et on l'avive 
avec 80 livres de savon ( 4 myriagram- 
mes). Rarement le coton a besoin de plus 
de demi-heure ou d'une heure d'ébulli- 
tion pour acquérir la plus belle nuance 
de violet. 

Le coton sortant de l'avivage , est lavé, 
séché et porté en magasin. La couleur est 
plus ou moins foncée , selon la quantité 
d'acétate d'alumine (sel de saturne) qu'on 
fait entrer dans le mordant. On peut l'éclair- 



DE LA TEINTURE. 1 4*> 

cir à volonté , en y ajoutant de l'alun depuis 
6 livres (3 kilog.) jusqu'à 20 (un myriag.). 

Le sel de saturne et l'alun rendent cette 
couleur d'autant moins foncée, et l'ap- 
prochent d'autant plus du rouge , qu'ils 
sont dans une proportion plus forte par 
rapport à la couperose. En variant les prc- 
portions, on peut obtenir toutes les nuan- 
ces qu'on désire. 

Chaque teinturier a une préparation 
de fer qu'il affectionne : mais 9 après avoir 
essayé successivement toutes les dissolu- 
tions de fer par les acides, j'ai resté con- 
vaincu que le choix est indifférent. Ici , 
tout dépend des proportions entre les sels ♦ 
d'alun et ceux de fer , et de la manière 
de travailler (1). 

Parmi les différentes proportions qui 
m'ont paru donner les nuances les plus 
agréables, j'ai distingué les suivantes : 

(1) Je pense néanmoins que le pyro- lignite de 
fer mérite la préférence sur toutes les autres prépa- 
rations , attendu qu'outre l'acide , ce sel contient 
encore de l'huile végétale que l'acide tenoit en disso- 



144 L'ART 

Cinquante livres ( 2 5 kilogrammes) 
alun ,12(6 kilogrammes ) couperose , 6 
( 5 kilogrammes ) sel de saturne , ni'ont 
donné une belle couleur d'un violet 
clair. 

Quarante livres (20 kilogrammes) alun, 
20 (10 kilogrammes) couperose, 8(4 ki- 
logrammes) sel de saturne, fournissent 
une couleur d'un violet foncé , nourri et 
très-agréable. 

Dans tous les, cas , les cotons doivent 
être travaillés par le procédé que nous 
avons décrit. 

J'ai essayé , pendant quelque temps > 
d'engaller le coton avant de le passer à ce 
mordant; mais il m'a paru extrêmement 
difficile d'obtenir , par ce moyen , une 
couleur unie. D'ailleurs, comme les co- 
tation , et que, sous tous ces rapports , ce sel doit être 
préféré. 

D'ailleurs, dans l'impression des toiles, on s'est 
déjà convaincu de la supériorité de ses effets ; et je 
ne doute pas qu'il ne présente les mêmes avantages 
dans la teinture. 



DE LA TEINTURE. 1^5 

tons engallés prennent une couleur noire 
dans le mordant, il est presque impossible 
de juger des nuances , et de s'assurer que 
toutes les parties sont également chargées; 
ce qui livre presqu'au hasard la suite des 
opérations. 

On a essayé de mettre la dissolution de 
fer dans le bain de garance , d'en impré- 
gner le coton avant de le passer aux 
huiles, etc. mais je n'ai rien trouvé de 
plus avantageux que ce que j'ai décrit; 
et , en conseillant de laver et de garancer 
le coton en sortant du mordant, je crois 
avoir résolu le problême si difficile , de 
donner au violet et à ses nuances une 
couleur à-la-fois brillante et bien unie. 

Lorsqu'on laisse pendant long-temps à 
l'air le coton qu'on vient de passer au 
mordant , il s'y fonce et se colore de plus 
en plus; et, si on le fait sécher, la partie 
immédiatement exposée à l'air se colore 
plus fortement que celle qui est au-des- 
sous , de sorte qu'il y a deux nuances et 
divers degrés d'oxidation dans le même 

10 



l46 L'ART 

écheveau de coton : une partie passe att 
jaune-foncé, tandis que Fautre reste cha- 
mois-clair et presque blanche ; la partie 
la plus foncée devient noire au garançage, 
tandis que l'autre y prend une couleur 
rougeâtre. Les inégalités de teinte , déjà 
sensibles après le garançage , le deviennent 
bien davantage lorsque le coton est avivé» 
On évite tous ces inconvéniens, en lavant 
le coton au sortir du mordant et en le ga- 
rançant humide. 

On peut encore porter le fer sur le co- 
ton après le dernier alunage, et lorsqu'il 
est lavé et séché. Mais , dans ce cas , les 
pores sont tellement remplis de mordant, 
que le coton repousse celui qu'on lui pré- 
sente, et refuse de s'en imprégner. 

Si cependant on travaille le coton aluné 
et prêt à être garance, dans un mordant de 
fer, pendant quelque temps ; si , sur-tout, on 
l'y laisse en digestion , à la vérité , la corde 
du fil ne s'en imprègne pas , mais les poils 
follets en sont mouillés; et, dans ce cas, Jega- 
rançage colore la corde du coton en rouge. 



DE LA TEINTURE. I47 

et les poils follets en violet ; ce qui forme 
une couleur très-agréable , une espèce de 
gorge de pigeon , qu'on peut employer 
avec succès pour la fabrication des étoffes. 
Il nous reste encore une observation 
très-essentielle à faire , c'est que le bleu de 
fer et le rouge de garance > étant diverse- 
ment solubles dans les matières qui ser- 
vent à Favivage , on peut > à volonté , 
faire prédominer le rouge ou le bleu et 
nuancer, à son gré, le violet. La soude 
détruit le fer et développe le rouge; le 
savon dissout le rouge et fait prédominer 
le fer : ainsi la soude ou le savon , conve- 
nablement employés y peuvent varier les 
nuances de violet presqu'à Finfini. 

CHAPITRE X. 

Théorie de l 'opération de la Teinture du 
Coton en rouge. 

Comme quelques phénomènes que pré- 
sente la teinture du coton > ne peuvent 



14^ L'ART 

être éclairés que par une connoissancc^ 
préalable de la nature du principe colo- 
rant de la garance ; j'ai cru devoir pré- 
senter ici , non une analyse complète de 
la garance, mais la manière dont elle se 
comporte avec quelques réactifs. 

La partie ligneuse et l'écorce dé la ra- 
cine de la garance , ont le même principe 
colorant; mais il est plus vif et moins 
chargé d'extractif dans le bois que dans 
l'écorce ; et c'est pour cela qu'on le pré- 
fère pour obtenir des couleurs vives. 

I e . L'eau froide qu'on met à digérer 
sur la garance en poudre, s'y colore en 
un jaune-orange-rougeâtre. Ce fluide dis- 
sout le principe colorant avec la plus 
grande facilité ; mais il ne peut pas en 
tenir une grande quantité en dissolution , 
de manière qu'on peut colorer une grande 
masse d'eau par une petite quantité de 
garance ; de telle sorte que l'eau la plus 
chargée du principe colorant , ne peut 
donner au coton préparé pour la tein- 
ture qu'une foible teinte d'un jaune-sale. 



DE LA TEINTURE. 1 49 

Si le coton se nourrit de couleur , clans 
un bain où Ton a mis une suffisante 
quantité de garance , c'est qu'il prend 
la couleur à mesure que l'eau la dissout, 
et que celle-ci , du moment qu'elle en 
est dépouillée, en extrait une nouvelle 
quantité pour la déposer de nouveau sur 
le coton : cette opération se renouvelle 
jusqu'à ce que le mordantsoit saturé. L'eau 
n'est donc , à proprement parler, que le 
véhicule du principe colorant. 

C'est cette difficulté de tenir à-la-fois 
en dissolution une grande quantité du 
principe colorant de la garance , qui ren- 
dra très-difficile la solution du problême 
le plus important que présente l'art de 
l'imprimeur sur toile , celui d'épaissir le 
principe colorant de la garance , et de le 
porter , par impression , sur l'étoffe. 

La première eau qu'on passe sur la ga- 
rance, dissout abondamment du principe 
extractif , qui entraîne avec lui beaucoup 
de principe colorant jaune : ce qui reste, 



ï5o L'ART 

après les premiers lavages, contient un 

principe colorant dû le rouge domine. 

L'infusion de garance dans l'eau froide, 
devient d'un rouge violet par Fammo- 
niaque , les alkalis fixes et la chaux. 

La couleur rouge disparoît lorsqu'on 
sature Falkali par un acide, et la liqueur 
reprend sa première teinte jaunâtre» 

L'infusion et la décoction de garance 
donnent des marques d'acidité avec les pa- 
piers réactifs. 

La dissolution de fer y forme un pré- 
cipité noir ; celle de cuivre y produit un 
léger dépôt verdâtre, et l'acétate de plomb 
y occasionne un précipité abondant et 
d'un blanc-grisâtre. 

L'acétate d'alumine préparé avec une 
dissolution d'alun et un quart de sel de 
saturne, ne précipite pas à froid l'infusion 
de garance , mais la chaleur la rend trou- 
ble , et il se forme un léger dépôt couleur 
de rose. 

L'infusion de garance abandonnée à l'air, 
laisse d'abord précipiter quelques atomes 



DE LA TEINTURE. l5l 

de poudre rouge; puis elle se couvre de 
moisissure, et se décolore en prenant une 
teinte d'un gris sale. 

L'eau bouillante versée sur le résidu > 
qui ne peut plus colorer l'eau froide , y 
prend une teinte jaune-orange-rougeâtre. 
La couleur acquiert un peu plus d'inten- 
sité lorsqu'on fait bouillir l'eau sur le résidu. 
L'écume que produit l'ébullition devient 
d'un beau violet par le contact de l'air. 
La couleur filtrée colore le filtre en violet. 

J'ai observé constamment que la cou- 
leur de garance est violette toutes les fois 
qu'elle est fortement concentrée; on la 
ramène au rouge en la délayant. Il paroît 
aussi que le contact de l'air et l'absorp- 
tion de l'oxigène peuvent produire la 
couleur violette ; c'est ce qui semble ré- 
sulter des faits ci - dessus et de beaucoup 
d'autres. 

L'eau de savon versée sur l'infusion 
ou la décoction , forme un précipité cou- 
leur de chair. 

ià°. De l'eau aiguisée avec la potasse pure. 



1 5 S L'ART 

filtrée sur la garance en poudre , prend la 
couleur (F une forte décoction de campe- 
che; il suffit d'environ soixante fois son 
poids d'alkali pour décolorer complète- 
ment la garance. Alors la potasse bouillie 
avec le résidu de la garance ou filtrée à 
travers, n'y prend qu'une légère teinte 
rougeâtre. Le filtre prend une couleur de 
violet foncé. 

L'infusion de garance dans une eau de 
potasse légère , quoique très-foncée en 
couleur , ne donne au coton préparé 
qu'une teinte d'un rouge maigre. 

L'infusion alkaline de garance mêlée 
avec l'acétate d'alumine , laisse précipiter 
quelques flocons qui troublent à peine la 
transparence : le mélange perd sa couleur 
foncée de oampêche , et devient rouge. On 
peut en précipiter une belle lacque vio- 
lette par le carbonate de potasse. 

L'acide sulfurique décolore l'infusion 
alkaline de garance ^ et en précipite le 
principe colorant en rouge-orangé. On 
peut obtenir 7 grains ~ (3,98362 déci- 



DE LA TEINTURE. l55 

grammes) de ce précipité, en décompo- 
sant 2 livres (un kilogramme) d'infusion 
alkaline par l'acide sulfurique très-foible. 
Ce précipité se dissout à froid et promp- 
tement dans l'eau de potasse , qui le co- 
lore en rouge-violet. Il donne à l'alcool 
une couleur jaune et brillante, et l'eau 
froide n'y prend qu'une teinte d'un jaune 
tirant au rouge. L'alcool et l'eau, aidés de 
la chaleur, se colorent aisément sur ce 
précipité sans le dissoudre en entier. Il 
paroît que, dans ce précipité , le principe 
colorant de la garance y est presqu'en- 
tièrement dégagé du principe jaune. 

L'eau pure bouillie sur le résidu de 
garance , qui ne fournit plus de couleur 
à l'eau de potasse , prend elle-même une 
teinte d'un assez beau rouge-clair ; mais 
elle cesse bientôt de s'y colorer. L'alcool 
n'y prend qu'une nuance de brun-rouge, 
sans aucune trace de jaune. 

3°. L'alcool infusé sur la garance en 
poudre , se colore en jaune , et l'infusion 



t'Sifc L'ART 

prend une couleur aussi foncée que celle 
du safran. 

On peut teindre le coton préparé pour 
le rouge , dans l'infusion par l'alcool , en 
une couleur écorce-jaune-sale : le papier 
s'y colore de même. 

L'acétate d'alumine forme , dans l'in- 
fusion par l'alcool, un précipité qui paroît 
abondant, mais qui ne laisse sur le filtre 
qu'une poudre rose de peu de volume. Ce 
mélange d'acétate d'alumine et d'infusion 
d'alcool sur la garance, devient trouble 
par l'action de la chaleur, et dépose une 
lacque d'un rouge brun , difficile à sécher. 

L'eau bouillante se colore en rouge obs- 
cur sur le résidu de garance, qui est in- 
soluble dans l'alcool. Le filtre devient 
violet. L'eau de potasse s'y colore en 



rouge. 



J'ai épuisé , par du coton préparé pour 
la teinture, le principe colorant de 400 
grains (21,867 grammes) de garance, le 
résidu a pesé i5i grains (8 grammes). Il y 
a donc eu deux cent quarante-neuf parties 



DE LA TEINTURE. l55 

de principe extractif ou de principe colo- 
rant , sur quatre cents de racine de ga- 
rance. 

4°. Le réactif qui m'a paru le plus 
propre à donner quelque connoissance du 
principe colorant de la garance, considéré 
dans ses rapports avec la teinture , c'est 
l'acétate d'alumine préparé par la mé- 
thode que nous avons déjà indiquée. 

La dissolution d'acétate d'alumine fil- 
trée sur 400 grains (21,867 grammes) de 
garance, se colore en rouge; la liqueur 
devient trouble par la chaleur, et forme 
un dépôt d'une belle couleur orangée ; la 
lacque ramassée par le filtre, et séchée, a 
pesé 2 grains ( 1,06 23 o décigramme). 

Cette infusion est colorée d'un rouge- 
clair très-brillant , et on peut en précipi- 
ter une belle lacque par le carbonate de 
potasse : il est à observer que , si on em- 
ploie le carbonate en excès , la lacque 
prend une couleur vineuse, qu'on ne peut 
faire disparoître qu'en y ajoutant une 



l56 L'ART 

nouvelle quantité de dissolution de ga- 
rance par l'acétate. 

Pour obtenir une belle couleur écar- 
late , il faut affoiblir la dissolution d'acé- 
tate, et la faire bouillir sur la garance 
jusqu'à ce qu'elle ait pris une belle cou- 
leur. On décante alors; il se sépare, par 
le seul refroidissement, quelques flocons 
rouges, qui ne sont que de la couleur por- 
tée sur un peu d'alumine. Mais , en ver- 
sant, dessus la liqueur , du carbonate de 
potasse en dissolution , il se fait un beau 
précipité écarlate , qui , vers la fin , devient 
vineux et un peu violet si on sature com- 
plètement par l'alkali. Il faut donc, pour 
obtenir une belle couleur, ne pas saturer 
d'alkali , et laisser toujours un peu d'acé- 
tate à décomposer. Lorsqu'on a tourné 
la couleur par l'addition d'un peu trop 
d'alkali, on la rétablit en ajoutant une 
nouvelle quantité du bain de garance et 
d'acétate , jusqu'à faire prédominer ce der- 
nier sur l'alkali. 

On fait bouillir une nouvelle quantité 



DE LA TEINTURE, 127 

de dissolution d'acétate sur le résidu de 
garance, et on agit de même jusqu'à ce 
qu'on l'ait épuisée. 

Les dernières lessives sont toujours les 
plus belles, et fournissent la plus belle 
lacque : les premières contiennent beau- 
coup plus d'extractif et de principe jaune. 

L'ammoniaque précipite en violet. 

En général , les garances qui ont servi 
dans les teintures , ne sont pas entière* 
ment épuisées du principe colorant ; et , 
lorsqu'on les traite avec Facétate par le 
procédé que nous venons de décrire , elles 
fournissent une superbe lacque (1). 

On peut conclure de ce qui précède > 
i°. que le principe colorant de la garance 
est un mélange naturel de jaune et de 
rouge , qui est fixé dans le végétal sur un 

(1) Margraaf a voit parlé de la lacque de garance ,• et 
M. Mérimée r cet artiste très-recommaridable par un 
zèle éclairé pour les progrès des arts , a beaucoup tra- 
vaillé sur cette lacque ; il a prouvé qu'on pourvoit 
l'obtenir aussi belle que celle de cochenille, et l'em* 
ployer avec plus d'avantage. 



l58 L'ART 

principe extractif , plus abondant dans 
Fécorce que dans le corps ligneux ; 2°. que 
le principe jaune s'extrait , en plus grande 
quantité que le rouge , par les premiers 
lavages; 3°. que ces deux principes très- 
solubles dans l'eau , ne peuvent néanmoins 
y être maintenus en dissolution qu'en très- 
petite quantité ; 4 . que ces deux principes 
ont la plus grande affinité avec l'alumine 
et l'huile. 

Si y à présent 5 nous reportons notre 
attention sur les opérations du procédé 
par lequel on fixe la couleur de la garance 
sur le coton , nous verrons qu'elles sont 
toutes fondées sur les faits que nous ve- 
nons d'établir. 

On commence par décruer le coton ^ 
ou par en ouvrir les pores , pour qu'il 
puisse se pénétrer plus aisément des apprêts 
et des m or dans. 

Ensuite on l'imprègne d'huile , qu'on 
délaie convenablement par le moyen 
d'une lessive foible alkaline : on passe le 
coton, à plusieurs reprises , pour mieux 



DE LA TEINTURE. 1 5cj 

répartir l'huile et la distribuer plus éga- 
lement sur toutes les parties. 

Après cela , on engalle : et , ici , l'huile 
forme déjà une première combinaison 
avec la noix de galle , comme on peut s'en 
convaincre en mêlant une solution de 
savon à une décoction de noix de galle. 

Cette première combinaison de Fhuile 
avec la galle , a déjà la plus grande affi- 
nité avec le principe colorant de la ga- 
rance; mais la couleur est très-noire , très- 
sale, très-difficile à aviver. C'est pour cela 
qu'on ajoute à cette première combinai- 
son un troisième principe qui rend le 
composé plus propre à fixer la couleur et 
à lui donner de l'éclat ; ce troisième prin- 
cipe, c'est l'alumine de l'alun. 

Pour juger des effets de l'alun dans la 
teinture sur coton , il suffit de mêler une 
décoction de noix de galle à une dissolu- 
tion d'alun : le mélange devient trouble 
dans le moment, et il se forme un préci- 
pité grisâtre qui, desséché, est insoluble 
dans l'eau et presque dans les alkalis. 



lf)0 L'ART DE LA TEINTURE. 

Voilà donc une combinaison à trois 
principes , fixée au coton par une affinité 
très-forte , et très-avide du principe colo- 
rant de la garance. 

Lorsqu'on a saturé le mordant à trois 
principes , de toute la couleur qu'il peut 
prendre , les lavages à l'eau et Favivage par 
les lessives alkalines ne font que dépouiller 
le coton de tout le principe colorant qui 
n'est pas fixé sur le mordant , et qui 
adhère plus ou moins au tissu du coton 
ou à du mordant qui n'est pas fixé. 

Le coton ne retient , après ces opéra- 
tions , que l'huile, la galle et l'alumine 
fortement combinées et saturées du prin- 
cipe colorant. On peut y prouver , par 
l'analyse , l'existence de tous ces corps. 

La composition acide dans laquelle on 
passe les cotons sortant de Favivage , ne 
produit son effet que sur la couleur qu'elle 
change et avive. 

PIN. 



EXPLICATION DES FIGURES 

DE L'ART DE LA TEINTURE DU COTON 
EN ROUGE. 



PLANCHE PREMIÈRE. 

x igure i re représente une terrine dans la- 
quelle on passe le coton dans les inordans. 

Fig. 2 représente une jarre dans laquelle on 
met les mordans. 

Fig. 3 représente une cheville à laquelle on 
accroche le coton lorsqu'on veut en expri- 
mer le mordant. 

Fig. 4 représente deux des côtés d'une salle 
aux apprêts ou aux mordans. Les terrines 
et les jarres y sont figurées par des lignes 
ponctuées , attendu qu'elles sont enchâssées 
dans la maçonnerie. 

Fig. 5 représente le plan d'une salle destinée 
aux apprêts ? avec trois tables dans le mi- 
lieu pour y déposer et friser les cotons. 

Fig. 6 représente une chaudière d'avivage en 
cuivre. 

i r 



l6â EXPLICATION 

PLANCHE IL 

Fig. i re représente un lavoir. 
a Courant d'eau. 
b Ouvrier qui lave du coton. 
c Ouvrier qui tord du coton. 
dd Chevilles établies sur les banquettes pour 
tordre les cotons. 

Fig. 2 représente un étendage. 
a a Rangs de Fétendage. 
bb Barres chargées de coton. 
c c Hangar. 

dd Barres chargées de coton , mises à l'abri 
sous le hangar. 

PLANCHE III, 

Représentant le plan d'un Atelier de teinture. 

a Cour de l'atelier, 
b Porte d'entrée. 

c Logement du directeur des travaux. 
d Magasin pour les soudes. 
e Magasin pour les huiles et le savon. 
f Magasin pour les noix de galle et su- 
mach. 



DES FIGURES. l65 

g Magasin pour les garances. 
h Atelier propre à broyer la garance. 
i Salle des mordans aux huiles. 
k Salle des mordans d'alun et de noix de 

galle. 
I Salle pour le bain acide ou secret, 
m Salle pour les chaudières de garançage 

et d'avivage. 
n n Lavoir. 
ooo Etendage. 
pp Hangar. 

PLANCHE IV, 

Représentant l'intérieur d'une Salle aux mordans. 

a a Ouvrier qui va plonger son coton dans 
la terrine où est le mordant. 

bb Ouvrier qui foule son coton dans la 
terrine. 

c c Ouvrier qui tord son coton à la che- 
ville. 

d d Femmes qui ouvrent ou qui frisent le 
coton sur la table. 

ee Coton frisé remis en mateaux. 



164 EXPLICATION DES FIGURES. 

fff Jarres ponctuées enchâssées dans la 
maçonnerie. 

ggg Terrines enchâssées dans la maçon- 
nerie. 

hhh Chevilles. 



xnn de l'explication des figures. 



TABLE 

Par ordre alphabétique des Matières 
de PArt de la Teinture du Coton en 
rouge. 

A. 

Acétate d'alumine. Son action sur la garance, 
1 55 et suiv. Son empioi dans la teinture , 1 20. 

— de chaux. Ses effets dans la teinture en rouge, i36 
et 137. 

Alcool. Action de l'alcool sur la garance , i53 et i54. 

Affinités chimiques. Cause de tous les phénomènes 
de la teinture, 1 et 3. 

Alun. Choix de l'alun pour la teinture, 68. Causes 
qui modifient l'action de divers aluns, 69. Compa- 
raison de l'alun de Rome et de l'alun de Liège , 69 
et 70. Moyens de porter les aluns au même degré 
de pureté , 70, 71 , 72. 

— de fabrique, 71. 

Alunage. Procédés pour aluner. 99, Lavage après 

l'alunage, 100 et suiv. 
Apprêts. Ce qui compose les apprêts dans la teinture, 

92 et suiv. Décrûment , ibid. Divers apprêts et 

moyens de les donner, 94 et suiv. Modifications 

apportées dans les apprêts, 112. 
Avivage. Disposition de l'atelier pour ravivage 

des cotons, 32 et suiv Procédé pour aviver, 106 



l66 TABLE 

et suiv. Modifications qu'on peut donner à ravi- 
vage, 124 et 125. 



B. 



Blanquette, 65, 



Cendres de Sicile, 66. 

Chanvre. Comparaison avec le coton et le lin sous le 
rapport de la teinture, 110. 

Chaudières. Forme et dimensions de celles qu'on 
emploie à l'alunage et au garançage, 29. 

Colle-forte employée pour remplacer le sang dans 
la teinture, 75. 

Composition pour aviver le coton , 109 et 1 10. 

Coton. Division du coton pour le disposer à la tein- 
ture, 77 et suiv. Disposition du coton pour la tein- 
ture, 78. Répartition du coton entre les ouvriers , 
78 et 79. Moyens de manipuler les cotons 83 et 
suiv. 



D. 



DécrÛment du coton. But du décrûment , 92. 
Moyen de décruer, 92 et suiv. Moins nécessaire 
pour les colons filés par des mécaniques, 93. 



E. 



Eau. Nécessité d'un beau cours d'eau pour un éta- 
blissement de teinture en coton, 14* Qualités que 



JDES MATIÈRES. 167 

doit avoir l'eau pour cette teinture, i5 et 16. Incon- 
véniens des eaux séléniteuses, i5. Avantages des 
eaux qui ne gèlent point , 16. Avantages des mou- 
vemens fournis par un cours d'eau, 17. Action de 
l'eau sur la garance , 148 et suiv. 

Ecarlate Procédés pour donner au rouge du coton 
le brillant de l'écarlate , 1^2 et suiv. 

Engallace. Procédés pour engaller le coton, 98, 
Précautions pour bien engaller, 99 Comparaison 
de divers aslriugens pour l'engallage , 118 et 119. 
Moyens de varier l'engallage , 1 18 et suiv. 

Etendage. Doit être exposé au midi, à l'abri du 
vent, avoir un sol sec, 17. Disposition à donner à 
un éiendage, 4$ ei suiv. 



F. 



Fourneaux. Construction des fourneaux pour les 
opérations de la teinture , 33 et suiv. Anciens four- 
neaux , 34. Qualités que doivent avoir les four- 
neaux , 35 et suiv. Disposition des fourneaux, 36 
et suiv . 



Garançage. Disposition de l'atelier destiné au garan- 
çage , 3o. Moyens de garancer, 1 04 et suiv. Moyens 
de varier le garançage, 121 et suiv. 

Garance. Moyens delà broyer, 21. Diverses qualités 
de garance, 22 et 23. Comparaison de la garance 
fraîche à la garance sèche , 23 et 524. Choix des ga- 
rances pour la teinture , 62 et suiv. Comparaison des 



i68 TABLE 

garances des divers pays, 54. L'emploi des garances 
varie dans les proportions, 122 et 123. Analyse de 
la garance , 148 et suiv. Action de l'eau sur la ga- 
rance, ibid et suiv. Action de la potasse, 1 52 et i53. 
Action de l'alcool, i53 et i54. Action de l'acétate 
d'alumine, 1 55 et suiv. 

H. 

Huiles. Choix des huiles pour la teinture, 55 et suiv, 
Moyens d'en reconnoître les qualités, 57 et suiv. 
Diverses sortes d'huiles, 55 et 56. Emploi des huiles 
dans les apprêts, 94 et suiv Emploi des huiles après 
les mordans, io3 et suiv. 

— de fabrique Ce que c'est , 56 et 5j. 
-— de force. Ce que c'est, 56 et 5j. 

— de teinture. Ce que c'est, 56 et 5?. 



J. 



Jarres. Vases destinés à recevoir les mordans du 
coton , 25. Manière de disposer les jarres , ihid. 
et suiv. 



L. 



Lacque. On peut extraire de la garance une aussi 
belle lacque que de la cochenille, et préférable dans 
ses usages , i55 et suiv. 

Lavage. Après les huiles , 96 et suiv. Après les mor- 
dans, 100 et suiv. Après le garançage, io5. Après 
Tavivage, 108. Après le secret , 110. 



DES MATIÈRES. 169 

Lavoir. Des dispositions à donner à un lavoir, 4 2 
et suiv. 

Lin. Comparaison entre le lin et le colon sous le rap- 
port de ia teinture ,110. 

Local.. Moyens de disposer un local destiné pour la 
teinture, io\ Disposition des magasins, 20. Dis- 
position de l'atelier de broiement, comparaison 
entre les méthodes de broiement , 2 t. Dispositions à 
donner à la salle des apprêts ou mordans, 24 et suiv. 
Disposition de l'atelier pour le garançage et ravi- 
vage, 3o et suiv. Dispositions à donner au lavoir, 
42 et suiv. Dispositions à donner à l'étendage. 

Localité. Son influence sur le sort d'une fabrique , 
9 et suiv. 

M. 

Magasins. Moyens de bien placer les magasins des- 
tinés pour une teinture, 20. 

Manipulation des cotons. Moyens de manipuler 
les cotons dans les diverses opérations de la tein- 
ture, 83 et suiv. 

Midi. Avantages du midi sur le nord pour l'établisse- 
ment d'une teinture de coton , \i et suiv. Causes 
qui ont balancé ces avantages dans les premiers 
temps, i4- 

Mordans. Disposition de la salle des mordans , 24. 
Ce que c'est, 98. Galle considérée comme mordant, 
98. Alun, ibicl. 99 et 100. Huiles, ibid. io3. Modi- 
fications apportées aux mordans , \\^> et suiv. 



17° TABLE 

N. 

Natron , 66. 

Noix de galle. Choix de la noix de galle pour la tein- 
ture, 72 et suiv. Diverses qualités de noix de galle 
dans le commerce , ibid. et suiv. Galle noire , ibid. 
Galle en sorte, ibid. Galle dTstrie, 73. Galle du 
pays, ibid. Galle substituée au sang dans la teinture, 
76. Engallage du colon , 98. 

Numéros du coton. Ce que c'est, 77. 

o. 

Oxides de fer. Leur combinison avec le rouge de 
garance donne le violet, i38 et suiv. Donne au 
coton une belle couleur nankin, 141 et 142. 



Potasse. Peut remplacer la soude dans la teinture du 
coton ,117. Donne plus de poids au coton et plus 
de moelleux à la couleur , 1 1 7 et 1 1 8. Action de la 
potasse sur la garance, i5i , i52, i53. 

R. 

Réglemens. Quels sont les réglemens qu'on doit éta- 
blir dans un atelier de teinture , 76 et suiv. Réparti- 
tion du coton entre les ouvriers, 78 et 79. Compa- 
raison des diverses manières dont on peut traiter 
avec les ou vriers , 8 1 et suiv. 

Rose. Procédés pour fabriquer une couleur rose so- 
lide, iZq et suiv. 



DES MATIERES. 171 

Rouge d'Andrinople, 4* 

— des Indes. Procédé pour le rouge des Indes, 128. 

s. 

Sang. Choix du sang dans la teinture, 74 et suiv. Ses 
usages dans la teinture, 74. Moyens de le conserver, 
75. Effets comparés du sang et de la colle-forte, ibid. 

— remplacé par la noix de galle , 76. 

Sel de saturne. Voyez Acétate de plomb. 

Soude. Choix des soudes pour la teinture du coton , 
60. Diverses sortes de soude, 61. Effet de la végéta- 
lion sur la soude , 63 et 64. Usages des soudes 
dans le décrûment, 92 et suiv. 

Sumach. Son usage, 73. Diverses qualités de sumach 
dans le commerce , 73 et 74. 

T. 

Teinture. Celle des fils et cotons plus négligée que 
celle des laines, pourquoi ? 3 La teinture en rouge 
nous vient du Levant , 3 et 4. Epoque où elle s'est in- 
troduite en France , 4- Cette teinture forme l'opéra- 
tion la plus difficile qu'on connoisse , 5. 

Théorie de la teinture en rouge , 1 ^ et suiv. 

Terrines. Vases servant à passer les cotons, 25. Leur 
forme , manière de les placer , 26 et suiv. 

v. 

Varec, 65. 

.Violet. Procédés de le former par la garance et l'in- 
digo, j 38. Par la garance et les oxides de fer , ibid- 



1J2 TABLE DES MATIERES. 

et suiv. Moyens d'en varier la nuance , 142 et î/p- 
Recettes ou compositions pour obtenir toutes les 
nuances du violet, 144» Causes des nuances ou 
bigarrures qu'on obtient sur le même coton, J 44 > 
145, 146. 



FIN DE LA TABLE DES M A TIERS S. 



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